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La dimension militaire de la lutte antiterroriste* / Colonel El Boukhary O. Ahmedou   
02/03/2013

Un axe fondamental d’une approche globale fondée sur l’expérience de la Mauritanie en matière de lutte contre le terrorisme

En guise d’introduction, quelques observations liminaires nous semblent utiles à souligner pour situer le sujet dans le cadre global des bouleversements et des incertitudes qui....



...entourent la perception des défis sécuritaires aujourd’hui, et à indiquer le caractère personnel et les limites de l’approche.


1-De manière générale, à l’ère de la mondialisation, la pensée stratégique a du mal à trouver des repères clairs, précis et acceptables par tout le monde. Cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de traiter la problématique de la lutte antiterroriste au Sahel. Les facteurs d’appréciation étant complexes, souvent diffus, et toujours changeants, le thème continue de susciter controverses et débats. La présente réflexion n’échappe pas à cette contrainte.

 

2- Les conflits armés interétatiques classiques ont tendance à diminuer. Par contre, le terrorisme et ses liens avec la criminalité transnationale, eux, sont d’une ampleur et d’une intensité, toujours plus inquiétantes, qui font d’eux des éléments structurants des politiques de défense et de sécurité à l’échelle mondiale.


3-La vision stratégique de la Mauritanie, s’inscrit parfaitement dans cette logique fondée sur la perception du terrorisme comme un défi sécuritaire évolutif, global et structurant. C’est sous cet angle que l’on va présenter sa dimension militaire, selon la « lecture » personnelle de l’auteur, à travers deux axes principaux:
-Les facteurs de vulnérabilité et d’identification des défis sécuritaires au Sahel, notamment ceux qui touchent la Mauritanie.
-Les aspects militaires du dispositif national de lutte contre le terrorisme.

Facteurs de vulnérabilité et d’identification des défis sécuritaires

 

Il est admis que les contextes de conflictualité et de crises créent les conditions favorables pour l’émergence et le développement des trafics illicites, de la circulation incontrôlée des armes, ainsi que le crime organisé et le terrorisme.
Cet axiome explique le fait que les défis sécuritaires auxquels la Mauritanie fait face sont largement liés à son environnement géostratégique régional instable.

 

Contexte géostratégique régional


 Comme le montre la géopolitique régionale, (Figure A), sur chacun des pays frontaliers de la Mauritanie, pèse une menace permanente de conflit armé, latent ou ouvert: Sahara Occidental (en Algérie et au Maroc) ; Casamance (au Sénégal); « conflit du Nord» (au Mali).
Un peu plus loin, au nord du continent, dans les pays qui ont connu le « Printemps arabe » (Libye, Tunisie et Egypte), instabilité « postrévolutionnaire » et convulsions politiques constituent, avec la problématique de la réorganisation des forces de défense et de sécurité, un aspect nouveau des incertitudes de l’environnement géostratégique dans le monde arabe et musulman.  À l’est et au sud-est, dans les pays sahéliens et africains (de la Guinée Equatoriale jusqu’à la Corne de l’Afrique, en passant par la Côte d’Ivoire, le Niger, le Tchad, le Soudan…) des défis sécuritaires importants frappent les pays de cette région. Ils se traduisent pour beaucoup parmi eux par le fait qu’ils sont en prise directe avec les phénomènes du terrorisme, des rebellions et de la criminalité transfrontalière. Ces phénomènes donnent naissance à des bandes et groupes armés qui s’attaquent aux forces de défense et de sécurité nationales, sapent l’autorité des Etats, terrorisent les populations, commanditent ou exécutent des prises d’otages et mènent ou s’associent à des actes de criminalité transnationale et de banditisme : narcotrafics, contre bande, migration clandestine, piraterie maritime ... Ce tableau de menaces multiformes, bien connu dans plusieurs régions du monde, trouve au Mali depuis quelques années son terreau. Il connait aujourd’hui des évolutions graves au Sahel, depuis l’occupation du nord Mali et la guerre qui en a résulté.
Ce conflit est potentiellement porteur de conséquences lourdes pour la région comme pour le monde.
Il en résulte pour la Mauritanie des menaces transfrontalières dont la dangerosité dépend en grande partie de la maîtrise de données géostratégiques propres au pays.

 

Le contexte national et le défi du contrôle des frontières

 

À la fois pays arabe, musulman et africain, la Mauritanie occupe une position géostratégique intéressante sur la côte ouest africaine, à la charnière du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Elle couvre une superficie de plus d’un million de kilomètres carrés pour une population d’un peu plus de trois millions d’habitants et compte près de 5800 km de frontières à surveiller, dont 750 km environ de façade maritime sur l’océan atlantique, et plus de 5000 km de frontières continentales, qu’elle partage avec le Sahara Occidental, l’Algérie, le Mali et le Sénégal.   
Ses longues frontières terrestres, aux caractéristiques sahariennes, sont aisément franchissables. À cette porosité, s’ajoutent les opportunités que le pays offre sur les plans politique et économique, qui font de lui l’une des destinations africaines privilégiées par les jeunes candidats à la migration clandestine en provenance des pays subsahariens vers le Nord, qui cherchent à passer par la Mauritanie ou à s’y établir.

Le défi terroriste au sahel et sa nouvelle configuration

 

Le défi terroriste au Sahel connait aujourd’hui d’importantes évolutions, depuis que rebelles et « djihadistes » ont occupé le nord du Mali, il y’a plusieurs mois. Plus récemment, l’intervention armée en cours d’une coalition internationale, dans le conflit, donne un grand coup d’accélérateur aux changements et inscrit la lutte anti terroriste, dans cette région, dans un cadre géopolitique beaucoup plus global et plus large que par le passé.
Cette célérité des évènements nous interpelle pour réexaminer notre perception de l’évolution de la menace, tout en gardant à l’esprit que, dans ce contexte mouvant et incertain, il est impossible d’avancer des éléments d’analyse constants, fiables et incontestables, au sujet d’un phénomène complexe et aussi changeant. Tout au plus, notre ambition se limite à avancer quelques pistes de réflexion, susceptibles d’apporter des éclairages, à travers les dix points suivants :

 1- Les bandes mobiles d’AQMI, une menace originelle à caractère régional. 

 

Dés le début des années 2000, le terrorisme commence à se développer et à s’installer durablement aux frontières nord et est de la Mauritanie, qui deviendra par la suite l’une de ses cibles préférées dans la région. C’est ainsi qu’elle connaitra plus d’une vingtaine d’actions violentes et souvent meurtrières, de 2005 à 2011.  Son adversaire a toujours été constitué de bandes armées se réclamant d’AQMI ou de son ancêtre, le GSPC. Ces bandes étaient relativement bien connues et leurs principaux chefs identifiés. Elles étaient répertoriées et habituellement localisées dans les zones désertiques les plus reculées du nord du Mali. Elles s’y déployaient en éléments légers, et s’y déplaçaient sans cesse, faisant de la mobilité et de la dissémination leur principale stratégie de défense et d’attaque. C’est comme cela qu’elles menaient leurs actes terroristes après avoir parcouru de longs trajets et qu’elles se retiraient aussitôt après vers leurs zones de retranchement. Leurs adversaires directs se limitaient pour l’essentiel aux pays de la région, sahéliens et maghrébins. Leurs tentatives répétées d’installer des cellules actives dans chacun de ces pays ont souvent échoué.


 

 2-Une nouvelle configuration complexe de la menace terroriste, un défi mondial aux caractéristiques mouvantes.

 

Ce tableau relativement limpide est en train de changer aujourd’hui. Les bandes affiliées à AQMI n’ont plus le monopole du terrorisme, présentent moins d’homogénéité que par le passé et leur rapport « furtif » à l’espace est, lui aussi, en train d’évoluer. Bref : une nouvelle configuration des défis sécuritaires est en train de se dessiner. L’étude des menaces transfrontalières au Mali offre un paysage qui rend compte de cette dynamique complexe. Parallèlement, dans le camp adverse, la multiplicité des intervenants, Etats et organisations,  engagés sur le champ des opérations, ajoute une dimension nouvelle à la complexité de la lutte antiterroriste, au Sahel, qui prend une ampleur internationale sans précédent. Tous ces facteurs révèlent le caractère mouvant du défi terroriste dans cette région. Il se distingue par des variables très évolutives : le nombre et le type d’acteurs ainsi que le recours à la violence et à la force armée, avec tout ce que cela engendre de changement dans les rapports de force entre belligérants ou dans les alliances, dans les tactiques ou dans les modes opératoires.


 3-Un nombre grandissant de groupes armés,  une lecture contrastée suivant une échelle de dangerosité variable.

 

 Actuellement, plusieurs bandes ou groupes armés,  « Djihadistes », rebelles  et autres, rivalisent d’imagination pour tirer profit du conflit malien. Il s’agit d’acteurs multiples, aux mobiles distincts et aux modes d’action différents, qui ne présentent pas le même intérêt d’un point de vue criminologique. Cependant, tous exploitent la situation chaotique qui prévaut dans le nord du pays pour résister et se renforcer, pour s’y implanter durablement et, le cas échéant, pour élargir leur rayon d’action au-delà du Mali. L’étude de ces groupes sur la base de leur rapport au terrorisme, à l’extrémisme et à la criminalité transnationale, nous conduit aux remarques suivantes :


a- "Islamistes"  armés et terroristes au Sahel, des alliances et des pactes dangereux.

 

Six groupes « islamistes » armés connus s’associent ou cohabitent depuis le début de la crise malienne. Sur l’ensemble de ces groupes, quatre au moins prônent ouvertement le terrorisme « djihadiste » comme idéologie et le pratique comme mode d’action: AQMI, le groupe Bel Moktar, MUJAO et Bokou Haram. Les deux autres, Ansar Eddine et Ansar Charia, revendiquent « l’application de la Charia » et se sont alliés depuis leur création avec les précédents dont sont issus plusieurs de leurs membres et de leurs unités combattantes. Ils évoluent vers plus de radicalisation, sous l’impulsion des groupes terroristes cités plus haut et avec leur aide et soutien actifs. Cette alliance ou pacte a toujours présenté une source d’inquiétude pour la Mauritanie. La communauté internationale en a pris conscience et y a réagi avec force depuis qu’Ansar Dine a préparé et conduit une forte coalition composée de l’ensemble des groupes « djihadstes » pour s’emparer de la région de Mopti au centre du Mali. Pourtant, jusqu’à cette date, Ansar Dine a toujours été invitée à la table des négociations, et considérée par les Etats médiateurs dans cette crise, comme par le Conseil de Sécurité de l’Onu,  comme un interlocuteur « fréquentable ». Est-ce là la bonne voie pour désolidariser ce groupe « islamiste » des mouvances terroristes « djihadistes »?  Certainement pas!

 

b-Faiblesse des mouvements de contestation ou de rébellion laïcs devant les extrémistes « islamistes » et les terroristes.

 

 D’autres groupes, dont un mouvement composé essentiellement de touaregs (MNLA) et un mouvement constitué, lui, d’arabes (MAA), revendiquent l’indépendance ou l’autonomie de l’Azawad. Ils se disent « laïcs », se démarquent du terrorisme « djihadiste » et le rejettent. Ils en subissent d’ailleurs lourdement les conséquences, en devenant une cible militaire facile pour les groupes « islamistes » armés. En particulier, ces derniers ont fait subir au MNLA de sérieux revers, montrant ainsi que les mouvements de rebellions et de contestations « laïcs » ne font pas le poids devant les extrémistes « islamistes » et les terroristes.

 

c-Prudence vis-à-vis des milices progouvernementales.

 

 Plusieurs autres groupes de miliciens (issus des Ganda-Izo, de Ganda- Koy, des milices arabes et des survivances de l’Armée malienne) sont proches de l’Etat malien. Affaiblis actuellement et désemparés, ils pourraient se reconstituer à la faveur de la réorganisation des forces armées maliennes et à la faveur de l’intervention militaire en cours. Cependant, leurs membres ne sont pas clairement identifiés et ne sont pas à l’abri de dérives pouvant se traduire par des comportements préjudiciables d’un point de vue sécuritaire, notamment par des exactions contre les populations ou même par le passage à l’ennemi. Ces craintes sont d’autant plus justifiées que ces groupes se constituent souvent sur la base de critères ethniques et qu’un grand flou entoure leur doctrine d’emploi et les motivations réelles de leurs membres. Toutes ces considérations constituent une bonne raison pour être prudent vis-à-vis de ce type de concept de forces qui ouvre la voix à la multiplication de groupes armés difficilement contrôlables.


4.La territorialité, un nouveau rapport à l’espace multiplicateur de menaces.

 

Une recomposition des groupes armés est en train de s’opérer. Elle est liée à leur rapport à l’espace, tant dans son acception géographique que politique qui changent selon les rapports de force du moment. Profitant de la faiblesse de l’Etat malien et de sa crise institutionnelle qui a paralysé beaucoup les forces de défense et de sécurité, ces groupes ont réussi pendant plusieurs mois à s’installer dans les zones peuplées et les villes du nord du pays, cherchant à avoir des territoires à eux, à y asseoir leur autorité, à les défendre, à gérer les populations au quotidien et à s’organiser en conséquence. L’établissement d’un « Emirat » terroriste, est devenu manifestement leur objectif. Force est de constater que ce projet a connu ses débuts de mise en œuvre. Sa réalisation présente une nouvelle forme de menace directe, très grave non seulement pour les pays limitrophes dont la Mauritanie, mais aussi pour la région, et pour les nations éprises de paix, de démocratie et de progrès. L’intervention militaire de la communauté internationale, en cours, au côté des forces de défense et de sécurité maliennes, vise à l’empêcher. Elle doit faire échec aux tentatives des terroristes visant à s’approprier ce territoire sahélien. 


5.De grandes capacités d’adaptation, des stratégies et modes d’action variables selon le rapport de force.

 

L’occupation du nord du Mali a montré que les bandes terroristes n’hésitent pas à attaquer de front des forces gouvernementales mal préparées au combat pour les chasser et s’emparer des lieux. Une fois implantées dans les zones peuplées et les villes, elles s’intègrent aux populations, se confondent avec elles et s’en servent comme boucliers humains. Dès lors, il devient difficile de les déloger. Et lorsqu’on y arrive, au prix d’énormes sacrifices, humains et matériels, ces bandes font montre d’une grande capacité d’adaptation. Leur réaction consiste à éviter le combat frontal dès qu’elles se rendent compte que, comparativement aux forces en face, le rapport de forces leur est nettement défavorable. À la place, elles font de nouveau recourt à la mobilité et à la dissémination comme stratégie, et aux tactiques et modes d’action terroristes habituels: attentats, prise d’otages, assassinats, infiltrations…Cette stratégie d’évitement et de dispersion risque de se traduire par des tentatives d’installation et d’activation de « cellules dormantes » dans les pays de la région. En particulier, l’exploitation dans ce but des mouvements de réfugiés chassés par le conflit est à craindre. Avec les dizaines de milliers qu’elle en a hébergés, la Mauritanie devra être sur ses  gardes !


6-L’émergence d’autochtones et l’« ethnisation » des groupes djihadistes, synonyme d’un « terrorisme de proximité ».

 

 La prédominance d’autochtones et de Subsahariens au sein de ces groupes parait être une forte tendance aujourd’hui. Ils constituent le gros des effectifs, mais aussi ils sont de plus en plus nombreux aux postes de commandement, supplantant parfois les chefs issus du GSPC. Certes, beaucoup parmi eux restent au sein d’AQMI, mais ils sont plusieurs à constituer des groupes différents, ou plus ou moins concurrents de celle-ci (MUJAO, Ansar Eddine , Ansar Charia), ou ouvertement ses ennemis ( MNLA, MAA, MIA…).  Cet enracinement local est tel que les groupes s’organisent sur des bases ethniques : touaregs, arabes, peuls, songhaïs… Il en résulte une empreinte locale du terrorisme, qui était jusque ici perçu par la majorité des populations comme un phénomène étranger introduit et maintenu au Sahel par « des gens venus d’ailleurs ». Il est à craindre que cette « ethnisation », qui touche de plus en plus les groupes et mouvements « djihadistes », rende ces derniers plus proches et plus acceptables aux yeux des autochtones, sachant la solidité des liens familiaux, tribaux et ethniques dans la région. 


7-Enlèvements+criminalité transnationale = une rente financière créatrice d’économie criminelle et de mercenariat.

 

 Généralement, dans le nord du Mali, beaucoup de monde, y compris les groupes armés non terroristes, se livre à la contrebande, profite autant que faire se peut du narcotrafic. En outre, de forts soupçons pèsent sur certains de ces groupes, quant aux liens avec le rapt. En effet, l’enlèvement est une technique complexe, qui fait appel à des séries d’actions qui s’enchainent pour former un cycle: repérage des cibles, sous-traitance, acheminement des « colis », médiation pour la libération des otages contre payement de rançon, blanchiment et recyclage de l’argent des rançons, préparation d’une nouvelle opération de prise d’otages. Ce cycle donne lieu à un large éventail de services que l’on peut payer. Rares donc sont les groupes qui n’auraient pas des membres intéressés ou ayant participé à une ou plusieurs étapes du processus d’un enlèvement pour en tirer des avantages financiers. Cependant, c’est aux terroristes « djihadistes » que « l’industrie de l’enlèvement » constitue la source principale de financement, une condition existentielle pour eux, leur première raison d’être aujourd’hui au Sahel. Toutes leurs activités s’organisent principalement autour de cette « industrie ». Ils y recrutent et engagent des membres et collaborateurs d’horizons divers, comme des multinationales. Ils l’ont développée en faisant recours à la sous-traitance qui s’avère être un « job » très juteux. Sa pratique est appelée à se développer davantage dans la région, si des mesures ne sont pas prises pour pallier ce risque.  Pour des bandes ou des gens tournés vers « l’argent facile », cela devrait les inciter à s’y investir. On assistera alors à l’émergence de groupes spécialisés dans ce « sale business », en quelque sorte un genre nouveau de sociétés militaires privées criminelles comme celles qui fleurissent en Somalie, en se livrant à la piraterie maritime. Des fournisseurs potentiels de mercenaires !


8.Un déficit de leadership, source potentielle d’anarchie au Sahel.

 

 Les observateurs de la scène sécuritaire relèvent un manque notoire de chefs qui s’imposent par leurs qualités de leader, par leur ascendant naturel. Il en résulte une multiplicité des centres de décision, un laxisme ou un dysfonctionnement des chaînes de commandement. Ce déficit de leadership touche les différentes catégories de groupes et frappe tous les acteurs de la crise au Mali. On l’observe au sein de l’Etat, des groupes rebelles de l’Azawad comme au sein des groupes « islamistes » armés et terroristes. Concernant ces derniers, cela pourrait s’expliquer par les revers subis par le terrorisme sur le plan international. Ce défaut de leadership est aussi l’une des causes principales des déménagements, des scissions ou « métastases », selon l’expression de certains experts, au sein des groupes. C’est dans cet esprit que l’on doit analyser les comportements d’insoumission dans les mouvances « Djihadistes ». Autrement, comment pourrait-on imaginer de grands chefs terroristes de la stature de Bel Moktar,  rejeter  des décisions prononcées par leur hiérarchie supérieure !  Il en découle par ailleurs que les discours angéliques, l’endoctrinement subi par les membres, finissent par montrer leurs limites, les mobiles personnels (intérêt matériel, appartenance ethnique ou tribale, goût du pouvoir…) se substituant aux motivations idéologiques. La conséquence de ce « pragmatisme égoïste » est que l’on prête allégeance à une personne et non à l’institution. Cela est de nature à favoriser une certaine anarchie, à multiplier les bandes armées et les groupes incontrôlables.

9.Une instabilité des alliances et une multiplication des groupes armés, d’autres aspects de l’incertitude régnante.

Le comportement déloyal que l’on observe chez les individus, se traduit sur le plan collectif par des changements d’alliances entre groupes. Toutefois, la nécessité de faire face à l’intervention étrangère pousse les principaux groupes ciblés à chercher un terrain d’entente pour coordonner leurs actions face à l’ennemi commun : la coalition constituée de la France,  de l’Etat malien, de la CDEAO et de leurs alliés. On a vu des signes des ces alliances conjoncturelles avec les tentatives de fusion ou de rapprochement entre Ansar Dine, Ansar Charia et MUJAO. AQMI les y encourage. Mais l’organisation, connait elle-même, ses propres descensions qui sont manifestes depuis la scission de Bel Mokatr et ses hommes. D’ailleurs, il n’est pas exclu que ce dernier opère, de nouveau, des changements d’alliances depuis le revers militaire cuisant qu’il a subi lors de la tentative d’enlèvement avortée de In Amenas au sud de l’Algérie. En tout cas, ses capacités d’attirer des alliances ou des adhésions pourraient en prendre un coup actuellement. Ce qui, au fond, ne devrait pas déplaire à ses rivaux terroristes, notamment au sein d’AQMI. Car, paradoxalement,  en dépit des discours rassembleurs affichés, de « haine de l’Occident et des régimes d’apostats », les rapports de force jouent, dans les rapprochements entre factions, un rôle essentiel, parfois plus décisif que l’idéologie declarée. Et comme ceux-ci sont changeants, les alliances restent éphémères. Pour l’illustrer davantage, rappelons-nous de l’alliance établie entre le MNLA, qui est « laïc », et le mouvement Ansar Dine qui, lui, est « islamiste », pour conduire, tous les deux, la rébellion  touarègue. Mais, très tôt, grâce au soutien déterminant des groupes d’AQMI et du MUJAO,  Ansar Dine s’est vite débarrassé de son allié « laïc », sans toutefois couper totalement les liens avec lui. Ce maintien de liens aurait-il un rapport avec la scission qu’a connue récemment ANSAR Dine et le revirement politique de bon nombre de ses cadres qui ont créé le MIA (Mouvement Islamiste de l’Azawad) ? L’interrogation nous rappelle les incertitudes qui entourent actuellement les groupes armés au Mali et leurs « mues » de plus en plus fréquentes fréquentes.

 10.Recyclage du discours « djihadiste », à travers la capitalisation médiatique des échecs militaires.


Lors de l’opération du complexe gazier de Ain Amenas, Moktar Bel Moktar a tenté de donner à l’action un grand échos médiatique, en dépit de son bilan militaire trop lourd pour lui. À cet effet,  il a saisi l’opportunité de pouvoir diffuser en direct grâce à certains sites et chaînes tv (France 24, Al Jazeera…) pour diffuser sa propagande mensongère. En effet, en établissant un lien de causalité avec l’opération « Serval »,  Bel Lawar a présenté son crime comme une réponse à « l’agression d’un pays musulman, par les croisés français qui bénéficient du soutien du régime d’apostats algérien». En exposant ses activités délictueuses, sanguinaires et suicidaires, sous cet angle, « d’acte de bravoure justifié, motivé et imposé par le devoir de la foi », il vise un double objectif : 1) recycler  le discours de haine de l’Occident ; 2) masquer l’échec militaire cuisant qu’il a subi lors de cette tentative d’enlèvement d’étrangers ; échec qu’il a voulu compenser par une forte capitalisation médiatique. C’est également ce que vise le MUJAO en revendiquant les attentats suicides et les opérations d’infiltration à GAO, qui ont pourtant échoué. C’est dire que dans la doctrine des terroristes, l’action militaire comporte d’abord un objectif politique. Quand ils sont à la défensive, ou lorsque leur action capote, l’opération est utilisée pour servir de vecteur au discours idéologique. Ce n’est pas en termes de bilan de vies humaines qu’ils calculent perte et profit : c’est l’effet médiatique qui les intéresse. Force est de reconnaitre que ce discours semble toujours porter fruit. C’est en tout en cas ce que laisse comprendre le recrutement de jeunes « candidats au martyr » observés récemment dans le nord du Mali, notamment à GAO et à Kidal.
 

Dispositif national de lutte contre le terrorisme

 

Le concept de défense mauritanien inscrit la lutte contre le terrorisme dans le cadre d’une vision globale où les facteurs de sécurité et ceux du développement sont étroitement liés. En ce sens, son dispositif militaire est la traduction d’objectifs généraux qui prennent en compte le caractère global du défi sécuritaire, à la fois régional et international. Ces objectifs consistent à défendre le territoire et la population, à assurer le rayonnement et la contribution de la Mauritanie dans la sécurité au Sahel, au Maghreb, en Afrique et dans le monde, et à défendre les valeurs du pacte moral, politique, économique et culturel qui lie les citoyens à l’Etat. Partant de cette grande ambition, l’approche militaire concerne l’ensemble des aspects relevant des fonctions de défense et de sécurité et vise à remplir trois fonctions principales : anticipation, protection et intervention.  Le dispositif mis en place à cet effet peut se décliner à travers ses fondements juridiques, les principes directeurs à la base de son élaboration et de sa mise en œuvre, ainsi que son articulation et sa place centrale dans l’organisation générale des moyens de l’Etat.

 

Fondements juridiques 

Ce concept général en matière de lutte contre le terrorisme repose sur des bases juridiques évolutives, mais aussi pérennes. Elles vont des différents textes législatifs et réglementaires organisant les forces de défense et de sécurité, depuis l’indépendance en 1960, jusqu’aux lois et règlements spécialisés les plus récents, en passant par la Constitution de 1991 et ses amendements successifs.
De ce corpus, relativement fourni, on retiendra  trois catégories, qui forment la base juridique de la dimension militaire:


a-Des textes spécialisés qui constituent, sans doute, les pièces maitresses dans tout l’arsenal antiterroriste: la loi relative à la lutte contre le terrorisme (Loi n° 2010-035 du 21 juillet 2010) et la loi contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (Loi n°2005-048 du 18/07/2005).


b-Des données constitutionnelles au vu desquelles, il découle des fonctions générales assignées aux uns et aux autres que tout le pays est engagé dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale. Il en va des devoirs du Président de la République (art. 24 ; 29 et 34), jusqu’à ceux du simple citoyen (art.18), en passant par ceux du gouvernement (art. 43) et de l’institution parlementaire (art. 57), des partis politiques et des organisations de la société civile (art.11).

c.Des lois organiques permettant de mobiliser et d’engager les forces de défense et de sécurité dans la lutte anti terroriste : la loi de 1960 qui implique les forces armées, en leur confiant les missions « d’assurer la défense du territoire national, le maintien de l’ordre et le respect des lois » ; deux autres lois qui chargent, de manière explicite, la Police (Loi n° 2010-007 du 20/06/10) et le Groupement Général de la Sécurité Routière (Loi n° 2010-032 du 20/07/10), de la lutte anti terroriste.

 

 Principes

 

1. Complémentarité et synergie dans l’action : Comme les menaces liées au  terrorisme sont transfrontalières, déstabilisatrices de l’ordre public et ne reconnaissant pas la Loi, la doctrine d’emploi des forces fait fusionner les notions de défense nationale et de défense du territoire avec celle de sécurité intérieure. C’était déjà l’essence même de la loi créant les Forces armée (Armée, Gendarmerie, Garde) qui fait fédérer entre elles les missions de défense du territoire national, de maintien de l’ordre et le respect des lois. Elle permet  d’optimiser l’engagement de l’ensemble des forces de défense et de sécurité pour faire face aux phénomènes d’insécurité liés au terrorisme et la criminalité transnationale. Contrairement à d’autres pays, grâce à cette loi, la  Mauritanie règle la délicate question du clivage entre les prérogatives des militaires et celles des forces de sécurité, appelées par ailleurs forces de police.

2.Mobilité, souplesse et modularité : Le caractère mouvant de la menace terroriste qui évolue au voisinage des frontières nord et est du pays, en changeant de lieux, de formes et de volumes en permanence, a conduit à la réorganisation des forces, à les adapter selon les circonstances de manière à leur procurer le maximum d’atouts sur l’ennemi en terme de capacités de déplacement, de souplesse et de modularité. Sur la base de ce principe, de nouvelles unités, de formats variables, (GSI, CSI, Fusiliers…), sont crées, d’autres sont réaménagées et des équipements réalisés : moyens plus légers de transport terrestre, de soutien logistique et d’armement, des moyens aériens de reconnaissance et d’appui au sol… Les moyens de commandement (structures, procédures opérationnelles et liaisons) sont, eux aussi, reformés pour assurer la mise en œuvre des forces de façon souple et rapide, un effort particulier étant mis sur les moyens d’aide à la mobilité (navigation, communication…). Ces principes président au déploiement des forces, notamment pour la surveillance des frontières selon l’évolution des menaces. Ils font que l’axe d’effort est actuellement mis sur la frontière avec le Mali.

3.Agressivité et motivation : Le point fort du terrorisme « djihadiste » réside incontestablement dans la grande détermination de ceux qui s’y livrent et se sacrifient pour sa cause. Pour les combattre efficacement, les unités engagées doivent être dans un état d’esprit meilleur ou, au minimum, comparable. Elles doivent avoir un très bon moral pour prendre l’ascendant sur un ennemi aussi motivé et agressif. Des modes d’action aux conséquences psychologiques préjudiciables pour l’ennemi sont à planifier. C’est dans cet esprit que les forces armées nationales se déploient largement le long des frontières en mettant l’effort sur les « zones à risque » et qu’elles mènent à chaque fois que nécessaire des opérations préemptives visant l’ennemi dans ses retranchements et bases de regroupement les plus menaçants. Au delà de l’élimination des menaces imminentes, ces opérations comportent un message persuasif, susceptible de porter un coup à la détermination de l’adversaire, de le faire douter et de le dissuader de prendre l’initiative de nous attaquer à l’avenir. Cette capacité de dissuasion sera d’autant plus crédible et facile à afficher que des mesures d’incitation seront entreprises pour motiver nos troupes. Toute une stratégie de moyens est établie à cette fin. Elle couvre l’amélioration des aspects opérationnels (entrainement, équipements, organisation…). Comme elle concerne les domaines relatifs aux conditions des militaires de façon générale (avancements, stages, indemnités…) en avantageant les membres des unités engagées dans les zones « à risque ». 


4. Interopérabilité et coopération : Toutes les composantes des forces de défense et de sécurité participent activement à la lutte antiterroriste en y engageant des moyens importants suivant les spécificités de chacune. Appartenant à des corps distincts (Armée, Gendarmerie, Garde, Police, Sécurité Routière…), les acteurs impliqués dans ce combat présentent suffisamment de variétés et de différences pour que cela donne lieu à des impératifs en matière d’interopérabilité. Il s’agit de rechercher une concordance optimum entre toutes ces ressources dissemblables et de les mobiliser efficacement afin d’obtenir l’effet recherché. Cela concerne notamment les équipements, les procédures et les doctrines d’emploi. À une échelle supranationale, cette interopérabilité est d’autant plus nécessaire que la lutte anti terroriste fait de plus en plus appel à la coopération étrangère. Du fait du caractère transnational de cette lutte, les forces de défense et de sécurité nationales accordent en effet une place importante à la coopération, tant bilatérale que multilatérale.  Les domaines du renseignement, de la formation et du soutien logistique sont les plus concernés. Sur le plan bilatéral et régional, la planification et la conduite d’opérations de surveillance et de contrôle des frontières menées conjointement avec des pays voisins (Sénégal, Mali…) s’inscrivent dans ce cadre, de même que les efforts déployés avec les « pays du champ »  en vue  de mettre au point des outils opérationnels à vocation sous- régionale. Sur ce point, espérons que les leçons du conflit du Mali donnent une impulsion et une dynamique plus efficaces à la coopération militaire interafricaine. Plus largement, sur le plan international, les Forces Armées et de Sécurité nationales développent un partenariat actif dans les domaines de la formation et de l’équipement avec d’autres pays (Etats-Unis, France, Royaume-Uni…) et institutions (Dialogue méditerranéen, UE, « 5+5 »…). S’agissant du renseignement, le pays adhère aux structures à caractère régional comme l’Unité de Fusion et de Liaison (UFL), le Centre Africain d’Etude er de Recherche sur le Terrorisme (CAERT) qui offrent un cadre de partage et de développement. À ces possibilités en matière de lutte antiterroriste, s’ajoutent les opportunités fournies par les organismes onusiens : le Comité Contre le Terrorisme (CCT), l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC)…

5.Une stratégie de communication pour répondre aux impératifs opérationnels. Comme mentionné au paragraphe 10 du chapitre précédent, la communication constitue un axe d’effort dans la stratégie terroriste. Pour eux, tous les moyens sont bons, pourvu qu’ils contribuent à véhiculer leur message. Les forces armées régulières, elles, sont soumises à l’obligation de réserve. Cependant, elles savent aujourd’hui que le temps de la « grande muette » est révolu. Agir efficacement dans ce contexte, dominé par des défis asymétriques et par les NTIC, passe par investir le champ de la communication. Cet impératif est devenu une constante dans les stratégies militaires. De leur côté, les forces armées et de sécurité mauritaniennes s’engagent dans  cette voie. Leur but final est de faire adhérer les citoyens et les partenaires à la politique de défense du pays contre le terrorisme, en les informant sur son organisation et ses réalisations. Leur approche consiste à informer, tant en interne qu’en externe, en situation de crise ou en temps normal, à sensibiliser et à encadrer les professionnels de la communication et à aider les autres partenaires et acteurs pour la réalisation de produits communicationnels. Des outils institutionnels spécialisés, comme par exemple la DCRP (Direction de la Communication et de la Relations Publiques), sont mobilisés à cette fin. Ils restent cependant perfectibles, notamment pour améliorer le rendement et le développement de liens de confiance et de coopération efficaces avec les médias privés et internationaux. 

 

Organisation générale de la défense et de la sécurité

 

L’organisation des moyens de défense et de sécurité découle du caractère présidentiel du système constitutionnel mauritanien. De ce fait, le Président de la République est le chef suprême des Forces Armées, comme le montre l’organigramme ci-dessous.

 


 À ce titre, il supervise la lutte antiterroriste et dispose pour ce faire de moyens opérationnels composés des forces de défense (Armée, Gendarmerie) qui relèvent du Ministre de la Défense, et des forces de sécurité (Garde, Police, Groupement pour la Sécurité Routière) qui, elles, dépendent du Ministre de l’Intérieur. Comme il a des structures d’aide à la décision et de conduite : Etat-major Particulier, Conseil National de Sécurité, Direction de la Sécurité Extérieure...
Il oriente l’action du gouvernement en matière de politique de défense et de sécurité.
À ce schéma de moyens généraux, que fait apparaitre l’organigramme, on doit ajouter les unités spécialisées, comme les (GSI), évoquées dans le chapitre précédent, et souligner d’autres dispositions organisationnelles qui découlent des principes de souplesse et de modularité expliqués dans le même chapitre. Celles-ci permettent, par exemple, la mutualisation en cas de besoin des structures et moyens de commandement, d’appui et de soutien : centres de commandement, bataillons logistiques, moyens de la 3ème dimension...


Conclusion


De par sa position géographique, la Mauritanie se trouve exposée aux défis du terrorisme et de la criminalité transnationale qui se développent au Sahel et qui la touchent directement depuis quelques années. Ces menaces connaissent aujourd’hui des développements graves avec la crise qui s’est instaurée au Mali depuis plusieurs mois, et qui connait actuellement des évolutions rapides depuis l’intervention armée d’une coalition formée autour de la France et de la CDEAO. Les risques de débordement de cette situation sur les voisins mettent la région face à d’énormes défis sécuritaires.
Pour y faire face, il se trouve que l’Etat mauritanien a élaboré depuis quatre ans une stratégie globale, évolutive et multidimensionnelle, qu’il continue de développer et d’adapter. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’action des forces de défense et de sécurité. Leur démarche repose sur un concept général fondé sur des bases constitutionnelles et législatives nationales, qui en font aujourd’hui un axe central de la politique générale du pays en matière de défense. Cet axe mobilise d’importantes ressources, suivant des principes d’action et une stratégie de moyens, qui répondent aux impératifs propres à la lutte antiterroriste.
La flexibilité étant l’élément clé dans le dispositif, celui-ci est appelé à évoluer en permanence.  Sa souplesse permet son adaptation et sa mise en œuvre suivant l’évolution du contexte géostratégique et conformément aux impératifs du moment.

 

Colonel El Boukhary O. Ahmedou O. Mohamed Mouemel                       elbukhary_mm@yahoo.fr
 * Présentation  faite lors du Colloque organisé l’ Institut Mauritanien des Etudes Stratégiques (IMES) à Nouakchott du 12 au 14 février 2O13


    
             


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