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Communication conjointe CR/SOS-Esclaves/Afcf/AMDH   
24/01/2014

Inquisition, tabous inégalitaires et abandon noxal en Mauritanie : c’en est assez !!! 

I/ Genèse :

1. La mouvance islamiste, organise une chasse aux sorcières, depuis environ 4 semaines contre ses adversaires déclarés sur Facebook.

2. Des comités ad-hoc s’organisent...



... pour dénoncer les présumés apostats, dont plusieurs filles, auprès de leurs familles, afin de les museler ; bien foyers reçurent des visites non désirées et furent ainsi incités à faire pression sur les enfants, tous majeurs, il convient de le préciser. Certains font le tour des rédactions de journaux, la veille des fêtes du Nouvel an, pour déclarer susceptible de représailles, toute festivité.

3. Un tel Cheikh Ridha publie une Fatwa condamnant la montée d’un hypothétique athéisme via Facebook et les réseaux sociaux ; il exige que les parents encadrent leur progéniture afin de la protéger du vice de l’impiété.

4. En décembre 2013, le jeune Mohamed Cheikh Ould Mohamed dit Ould Mkheitir - d’ailleurs sympathisant de la mouvance islamiste jusqu’en 2009 - écrit un article pour revendiquer des droits d’égalité, au bénéfice de la caste des forgerons ; il s’y livre à une analyse comparée de sociétés et de pratiques courantes, en se basant sur une étude historique du docteur Abdel Majid Alnagghar, dans son livre Kitab al Ouma dont il ressort que l’attitude présumée sectaire et tribaliste du Prophète (Psl) envers les Juifs d’Arabie, ressemblerait à celle des Zwaya, vis-à-vis des Forgerons, dans la société maure.

5. Au début, l’article passe inaperçu, avant sa mis en relief par les activistes de la mouvance islamiste, dans le cadre de la seconde étape de la traque, davantage axée sur la divulgation de l’identité et l’intimidation physique des auteurs d’opinions hétérodoxes.

6. Le 2 janvier 2014, en soirée, le garçon de 28 ans est arrêté et placé sous garde à vue, sur ordre d’un magistrat du parquet de Nouadhibou, ville portuaire du Nord et principal centre d’activités économiques. Il devrait répondre d’un délit d’opinion – atteinte au Prophète et blasphème – et d’un chef de conscience aggravé, conformément à l’article 306 du Code pénal lequel stipule, en son alinéa 2 : « tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de 3jours »; l’ alinéa 3 poursuit :

« s’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor ; s’il se repent avant l’exécution de cette sentence, le parquet saisira la cour suprême, à l’effet de sa réhabilitation dans tous es droits, sans préjudice d’une peine correctionnelle prévu au 1er paragraphe du présent article. »

7. En conséquence, la grogne populaire ne se justifie, parce qu’il l n’y a pas des intérêts particuliers à défendre ; depuis son incarcération, aucune autorité ne s’est adressée, au jeune Mohamed Cheikh, afin de lui demandant de présenter des excuses ni de se repentir de l’atteinte présumée. A ce jour, seul l’obédience islamiste s’est servie de l’évènement, pour démontrer, encore fois, sa force de mobilisation.

II/ Le déclenchement

8. La fureur de la controverse sur la toile et dans l’opinion pousse la famille de Ould Mkheïtir à publier un communiqué, d’une rare rigueur, pour le dénoncer et le bannir ; sans tarder, les parents de son épouse, sur la pression des religieux et d’une partie de la population, la séparent de lui et l’exilent, à Guérou car le mariage devient caduc par le fait du « crime d’apostasie ». Aussitôt, l’employeur de Ould Mkheitir le licencie, ses collègues l’insultent et le menacent. Sa mère n’y comprenant rien tente, en vain, de le faire abjurer. Ould Mkheitir, désormais seul contre tous, crie son innocence et tient tête.

9. Jusqu’à ce niveau, l’on n’enregistrait aucune réaction des services de l’Etat. Des sources fiables attestent l’existence d’un débat entre différents segments de l’appareil sécuritaire, au sujet des mesures à prendre contre Ould Mkheitir et non pour le protéger. La même dispute, au sommet, avait prévalu, en avril 2012, contre Biram Dah Abeid, lors de l’incendie des livres esclavagistes et se soldait, alors, par sa libération, sans procès.

10. Comparables en haine, des manifestations guidées et organisées éclatent un peu partout ; elles parviennent, à leur paroxysme à Nouadhibou où la foule se heurte aux forces de l’ordre. Les marcheurs exigent la sanction exemplaire du propos de Ould Mkheitir, par son élimination physique, conformément à la Charia.

Quelques jours plus tard, la scène de quasi émeute se répète à Nouakchott, jusque dans les jardins du Palais présidentiel ; le chef de l’Etat, au lieu de rappeler les engagements internationaux de la Mauritanie et d’œuvrer à l’apaisement, entreprend, plutôt, de complaire à la foule encadrée par des meneurs ; devant des milliers de personnes et sur les écrans de télévision, Mohamed Ould Abdel Aziz se présente en turban salafiste, exactement comme lors de l’affaire Biram Dah Abeid.

11. A l’occasion de l’un des rassemblements à Nouadhibou, la tête de Mohamed Cheikh Ould Mohamed est mise à prix par un homme d’affaires ; ce dernier offre 4 millions d’ouguiyas (environ 10 000 euros) à quiconque tuerait l’auteur, pour défendre l’honneur du Prophète (Psl). Le promoteur du projet d’assassinat n’est pas entendu par la justice et semble jouir du soutien d’une partie importante de la population de Nouadhibou sans qu’il soit possible, pour autant, d’en déterminer le pourcentage.

12- La quasi-totalité des partis politiques mauritaniens, ont réprouvé, avec vigueur, l’article et l’auteur ; la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), instance officielle de protection et de promotion de la vie et de l’intégrité des gens, s’empresse à son tour, par la voix de sa présidente Irabiha Mint Abdel Wedoud, de suggérer l’exécution du susnommé.

13- Une exception de taille, l’intellectuel islamiste Mohamed Elmoctar Chinguitti, publie, de Doha, des tribunes où il argue que la mise à mort de l’apostat n’est pas admise dans la Chariaa ni ne survint du vivant du Prophète et de ses compagnons, dont les actes et paroles, valent bien la lettre du Coran.

III/ Les enjeux

14. Le pouvoir mauritanien se trouve confronté à un dilemme structurel: soit reconduire le moratoire sur la peine capitale qui prévaut depuis 1987 - date à laquelle remontent les dernières exécutions - malgré les condamnations, par des juridictions mauritaniennes aux peines des houdoud, stipulées par l’article 306, soit appliquer la norme, contre des prisonniers jihadistes, condamnés à mort pour terrorisme et meurtre de ressortissants étrangers et mauritaniens, lors des attentats terroristes de 2007-2009.

Tous bénéficient d’une grâce non-déclarée et commuée, de facto en peine de prison à vie. Au-delà ,du trouble à l’ordre public, l’affaire Ould Mkheitir, met en évidence le déficit d’autorité de l’Etat républicain ; le cas suscite un point d’interrogation sur la capacité de la force publique, à endiguer la montée en puissance de l’obscurantisme islamiste, vecteur, désormais avéré, de la gouvernance liberticide, moralisatrice et sexiste.

Ces mêmes mouvements, rappelons-le, se sont gardé de dénoncer la destruction des mosquées à Gao, de la bibliothèque historique de Toumbouctou, encore moins la profanation des tombeaux de Saints, par les Jihadistes. La plupart s’élevèrent contre l’intervention internationale, pourtant vouée à sauver, le peuple malien, de la tyrannie religieuse et de l’effacement de son mode de vie africain.

15. La menace s’avère substantielle et de taille dans un pays travaillé, en sourdine, par les divisions ethniques et tribales. Pire, le monopole de l’Islam, par des éléments extrémistes, met en péril la seule référence et force en commun – la pratique spirituelle et non littéraliste - qui unifiait, plus ou moins, les différentes composantes de la population. Il convient, aussi, de souligner les risques de l’internationalisation d’un fait divers.

La Mauritanie s’exposerait à une mise aux enchères du genre éprouvé lors de l’affaire des caricatures danoises. Une telle évolution mettrait le pouvoir dans une position de vulnérabilité vis-à-vis de ses contradicteurs internes et nourrirait les élans d’inquisition privée, au sein de la société, provoquant, ainsi, l’autodéfense et le sectarisme.

IV/ Notre position

Nous organisations dessous :

16. Engageons, nos compatriotes et l’ensemble des Parlementaires, à dépénaliser la remise en question des préjugés de caste, de sexe et d’ethnie, sous peine de pousser les victimes – majorité écrasante de la population -à se retourner, plus souvent encore, contre tout corpus de valeurs au nom de quoi, à tort ou raison, elles se sentiraient opprimés.

17. Réclamons un débat public sur l’abrogation de l’article 306 du code pénal et de toutes les autres dispositions de notre droit qui répriment l’opinion, autorisent la peine de mort, la mutilation des corps, l’inégalité des sexes et l’atteinte à l’intégrité de la personne.

18. Nous indignons des propos précités de la Présidente de la CNDH et demandons sa destitution, sans délai et son interdiction de présence aux forums internationaux, en particulier dans le Monde libre.

19. Invitons l’ensemble de la communauté nationale, à se ressourcer dans notre longue tradition de tolérance islamique, comme rempart contre les extrémismes importés, afin de barrer la route aux apprentis inquisiteurs dont la seule qualification est le zèle, l’ignorance de l’esprit de la religion et de l’histoire de la communauté nationale.

20. Mettons en garde, les partis et la société civile, contre la tentation démagogique et populiste, d’une surenchère conservatrice et obscurantiste, avec ces diverses écoles, dont l’apparente contradiction voile, à peine, la convergence et l’unité d’action, contre l’égalité de naissance, la diversité culturelle, la République et le primat de l’’individu.

21. Sans pour autant cautionner les propos de Ould Mkheïtir, exigeons sa libération, la relaxe de toute poursuite et la protection du susdit.

Nouakchott, le 22 janvier 2014

Signataires rédacteurs :

- Associations des femmes chefs de famille (Afcf)
- Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (Amdh)
- Conscience et résistance (Cr)
- SOS Esclaves

Le présent texte est ouvert, en ligne, à la pétition, sur le lien : https://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/corps-d%C3%A9cisionel-mauritanien-signez-nombreux-et-faites-signer-pour-sauver-la-vie-d-un-d%C3%A9tenu-d-opinion



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