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Le printemps arabe ne s’arrêtera pas à Tripoli (Analyse)   
23/08/2011

La chute du régime de Mouammar Kadhafi devrait donner une nouvelle dynamique aux révolutions dans le monde arabe et tous les regards se tournent désormais vers la Syrie. Diffusées en boucle sur les chaînes de télévision arabes, les images des rebelles libyens déferlant dans...



...Tripoli et déchirant les portraits du "guide" ne peuvent qu’inquiéter les autocrates menacés par des révoltes populaires similaires.

 

Zine Ben Ali a fui la Tunisie en janvier après 23 ans au pouvoir, Hosni Moubarak est jugé par une Egypte qu’il a dirigée durant 30 ans jusqu’en février et le régime de Kadhafi, en place depuis bientôt 42 ans, est en train de s’écrouler.

 

Depuis six mois, le scénario de l’effet domino était contredit par la résistance des gouvernements contestés, qui ont opté tantôt pour les réformes, tantôt pour la répression: Libye, Syrie, Yémen, Bahreïn, Jordanie, Maroc, Algérie, Arabie saoudite.

 

Mais les peuples arabes qui assistent à l’effondrement du régime du plus ancien des dirigeants arabes peuvent légitimement se demander si leur tour n’est pas venu. "Ils pensaient que ce serait impossible de réussir en Libye car la situation ne correspondait pas aux modèles tunisien et égyptien", dit Geoff D. Porter, spécialiste du Moyen-orient.

 

"Les manifestations libyennes vont encourager, enhardir les manifestants en Syrie et au Yémen bien qu’il y manque un élément important, le soutien de l’Otan." Autre enseignement important, selon Geoff D. Porter: la façon dont le régime de Tripoli est tombé "a montré que Kadhafi ne disposait pas du soutien (populaire) qu’il revendiquait".

 

"On pourrait faire la comparaison avec la Syrie et le Yémen où rejoindre la révolution pose un gros risque. (Les gens) peuvent ne pas soutenir le régime sans pour autant vouloir risquer leur vie jusqu’à l’arrivée des rebelles", dit-il en soulignant la rareté des manifestations dans les deux premières villes syriennes, Damas et Alep.

 

BONNE COMBINAISON
Pour Rami Khouri, analyste basé à Beyrouth, la chute de Kadhafi "montre qu’il y a différents moyens de faire tomber les régimes arabes". "Une fois que le mouvement est lancé et que la bonne combinaison est là - volonté populaire de changement et soutien régional et international -, aucun régime ne peut résister."

 

"En Syrie cette combinaison entre un soulèvement populaire et un soutien régional et international existe. Ces régimes autoritaires, aussi forts soient-ils, finissent par chuter", prédit Rami Khouri. Pour lui, la révolte de la majorité chiite à Bahreïn, petit royaume dirigé par une dynastie sunnite, n’a pas abouti car elle n’était pas soutenue à l’étranger.

 

La chute de Kadhafi doit beaucoup en revanche à l’intervention de l’Otan, appuyée sur une résolution de l’Onu, une intervention militaire qui n’aura toutefois pas lieu en Syrie ou ailleurs, disent les experts.

 

Les puissances occidentales, endettées et engagées militairement en Irak ou en Afghanistan, n’ont aucune envie d’ouvrir un nouveau front dans le monde musulman. Lorsque la révolution libyenne aura atteint son but, l’attention de l’Occident se portera néanmoins sur Bachar al Assad, dont les forces ont tué quelque 2.000 civils en cinq mois selon l’estimation de l’Onu.

 

Aucun pays n’a proposé de transposer en Syrie l’opération libyenne, où l’Otan a imposé une zone d’exclusion aérienne avant de soutenir par des frappes aériennes l’avancée des rebelles vers Tripoli.

 

L’opposition syrienne rejette elle-même l’idée d’une intervention militaire. Assad a répété dimanche que la Syrie ne plierait pas face aux pressions étrangères. "En ce qui concerne la menace d’une action militaire (...) toute action contre la Syrie aurait de grandes conséquences (pour ses initiateurs), trop grandes pour qu’ils les tolèrent", a-t-il dit.

 

RELATIONS
La Syrie est un puissant acteur régional. Damas est allié à Téhéran, joue un rôle clé au Liban, exerce une influence en Irak et soutient les mouvements islamistes que sont le Hamas, le Djihad islamique et le Hezbollah.

 

"Assad craint sans doute de se retrouver dans la même position (que le régime libyen) mais pense avoir d’autres relations diplomatiques que Kadhafi, qui n’avait aucun ami", note Geoff D. Porter.

 

"Assad a le soutien de Téhéran et du Hezbollah, et cela change les calculs de la communauté internationale." De fait, l’Onu s’est contentée jusqu’à présent d’une déclaration condamnant la répression en Syrie.

 

Le Conseil de sécurité n’a adopté ni résolution ni sanction. Les experts considèrent pourtant que les sanctions économiques et pétrolières imposées à Kadhafi ont joué un grand rôle dans l’affaiblissement de son armée et que des sanctions similaires contre Damas auraient le même effet. Observateurs et opposants syriens envisagent deux conséquences à la victoire des rebelles libyens.

 "Je pense qu’(Assad) va insister sur la voie sécuritaire", dit Nabil Boumonssef, éditorialiste du journal libanais Al Nahar. "Il pense que ce (qu’il appelle) la conspiration internationale contre lui va se renforcer et que, maintenant que Kadhafi est écarté, elle va peser de tout son poids contre lui."

 

Louaï Hussein, une figure de l’opposition syrienne, craint que la victoire des rebelles libyens ne renforce ceux qui, en Syrie, appellent le mouvement jusqu’ici largement pacifique à prendre les armes.

"J’ai peur que certains opposants pressés de faire tomber le régime, que nous avons toujours mis en garde contre une réplique du modèle libyen, aient maintenant recours aux armes", dit l’écrivain.

 


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