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Leadership féminin en Mauritanie: Un atelier de formation de formateurs au profit des femmes    
20/03/2009

Un atelier de formation de formateurs en leaderships féminins a été organisé du 13 au 18 mars 2009 par l’Association des Femmes Chefs de Familles (Afcf) à son siège à Nouakchott. En collaboration avec l’Association Démocratique des femmes du Maroc (Adfm) qui a envoyé trois représentantes spécialisées en la matière, l’atelier a pour objectif d’aider et d’assurer aux femmes mauritaniennes activistes dans la défense des droits des femmes, le renforcement de leurs capacités en matière de leadership féminin.



L’atelier qui s’est déroulé en plusieurs séquences et modules a été une opportunité pour les femmes mauritaniennes de comprendre ce que c’est le leadership féminin. Il s’agissait surtout de faire participer les principales actrices aux débats pour mieux comprendre et saisir la quintessence des rôles qu’elles doivent jouer. Ce qui a été déjà retracé par la présidente de l’Afcf, Mme Aminetou Mint El Moctar dans son discours introductif.
Cette méthode participative utilisée par Mesdames Maria Ezzaouini et Rabia Mardi de l’Association démocratique des femmes du Maroc, a permis aux participantes de saisir et de comprendre le fossé qui existe entre les rôles des couples dans un foyer conjugal. Ce que les femmes déduisent pour dire que l’image de la femme africaine est bafouée dans nos sociétés africaines, notamment musulmanes où l’Islam constitue une référence au fonctionnement de la vie en société, notamment conjugal.
Des observateurs ont pensaient que s’il y a discrimination de la femme au foyer, cela pourrait être lié au fait que l’Islam dès le départ a tracé les contours et déterminés les rôles des couples. Ce que Mme Maria Ezzaouini, enseignante de son état, estime que l’Islam a agi juste et a bien déterminé les rôles et que s’il y a des injustices cela relève de la façon dont les couples gèrent les foyers. Au cours de cet atelier, les femmes se sont élevées contre cette forme de discrimination qui se matérialise par les rôles qu’elles jouent au sein des foyers. Elles ont saisi cette occasion pour décortiquer les causes de cette discrimination. Ce qui pourra les amener à envisager de nouveaux rôles sur les plans, social, politique, économique voire culturel dans le cadre d’un leadership féminin, objet de cet atelier.
Ainsi, par des procédés imagés, des interprétations à l’aide des documents constituant des supports de travail et des travaux en groupe, des mises en scènes suivis d’évaluations et commentaires, les participantes ont exprimé leur ferme volonté à assurer un leadership féminin en Mauritanie. Un signe précurseur d’un succès qui se profile à l’horizon. L’aspect communicationnel n’a pas été en reste. Mme Saida Drissi Amrani, conseillère au Ministère marocain de la famille, membre de l’Adfm a insisté sur le rôle que doivent jouer sur le plan communicationnel, les activistes des droits humains pour exposer, défendre et résoudre leurs problèmes face à l’autorité qui bafoue les règles élémentaires et les lois relatives aux droits des femmes en particulier. Elle a trouvé nécessaire de faire des scénarios pour apprendre aux femmes comment construire un argumentaire et un plaidoyer. Les femmes ont aussi appris certaines règles élémentaires relatives à la presse.
Enfin, il y a eu un échange d’expérience entre femmes marocaines et mauritaniennes dans le cadre du leadership féminin. Si les femmes marocaines ont pu réalisé des avancées notoires en matière d’émancipation de la femme en l’espace de 20 ans, les Mauritaniennes, elles, sont encore à l’état embryonnaire et doivent prendre le mal en patience. Toutefois, il faut reconnaître que ces récipiendaires qui sont désormais plus armées avec l’inculcation de nouvelles expériences acquises par le truchement de cet atelier, vont pouvoir, dans un avenir proche,  renverser la tendance et rehausser l’image de la femme mauritanienne. Celle-là qui veut jouer pleinement son rôle dans un esprit de complémentarité.
D’ailleurs, Mme Saïda Drissi Amrani a déclaré au terme de l’atelier « qu’l y a une grande motivation des participantes dans les travaux de groupes et l’application dans les jeux de rôle. Les questions étaient pertinentes. Par rapport aux outils et aux techniques d’échange, les femmes se sont impliquées dans l’atelier. Il y a eu une dynamique de groupe évolutive qui montre que les participantes veulent apprendre et sont conscientes de la condition des femmes. Par rapport aux expériences partagées, nous sommes toutes passées par les mêmes étapes. Mais il faut toujours capitaliser les expériences. Nous aurons d’autres occasions pour apporter notre soutien aux femmes mauritaniennes».
Durant cinq jours, les femmes mauritaniennes sous la houlette de leurs homologues du Maroc et de Mme Salimata Sy (photo en illustration), chargée de la formation de l’Afcf, se sont livrées à des exercices qui aboutiront, à coup sûr, à faire de la femme mauritanienne, un leader inconstatable. Il reste à savoir comment les femmes mauritaniennes comptent s’y prendre sachant que les autorités mauritaniennes rechignent à ratifier et respecter les textes internationaux relatifs aux droits des femmes. Déjà, la réserve relative au CEDEF en son article 16 concernant le divorce en est une parfaite illustration.
Ibou Badiane 
  
        Interview avec Salimata Sy, chargée de la formation à l’Afcf 

 

«Ce que nous cherchons, c’est l’égalité dans la complémentarité. Si en Mauritanie on arrive à avoir des familles équilibrées, où il y a moins de divorces, où les enfants sont épanouis, je suis sûr que d’ici deux ou trois ans, on arrivera à avoir une autre Mauritanie».
 
Salimata Sy, la trentaine, est parmi ces femmes qui refusent «d’accepter l’inacceptable» pour parler comme elle. Une femme rompue à la tâche dont les qualités ne sont plus à démontrer. Maîtrise en biologie, elle est biologiste au Centre National de Recherche et d’Analyse (Cnrav), service pathologie infectieuse. De mère syndicaliste, Salimata fut d’abord syndicaliste en 2002 avant d’atterrir en 2003/2004 à l’association des femmes chefs de familles (Afcf) que dirige Mme Aminetou Mint El Mocter, la présidente et l’une des figures de proue de cette gent féminine qui lutte contre la discrimination et les violences faites aux femmes pour l’émancipation de la femme mauritanienne. En marge de l’atelier sur le leadership féminin en Mauritanie, nous l’avons approchée et elle s’est prêtée à nos questions. Entretien. 
 
Tahalil Hebdo: Vous venez d’organiser un atelier de formation de formateurs sur le leadership féminin. Quels sont les termes de références de cet atelier ?
 
Salimata Sy
: Comme vous le savez, cet atelier est consacré à la formation de formateurs sur le leadership féminin en Mauritanie. Ce que nous voulons par cet atelier, c’est de constituer une équipe de femmes sur le leadership féminin. Mais d’abord, il faudrait que ces femmes sachent c’est quoi le leadership. C’est-à-dire ce que l’on entend et attend par la femme qui dirige, la femme qui est militante, qui veut apporter une valeur ajoutée à ce qu’elle vit quotidiennement. C’est par rapport à ça que l’Association des femmes chefs de familles (Afcf) a organisé cet atelier. Vous savez que l’Afcf est parmi les premières associations féminines dans ce pays. Nous savons également que la femme mauritanienne sur le plan démographique occupe une place importante pour ne pas dire de choix. Il y a lieu pour ce pays pour qu’il puisse se développer, que la femme participe activement au développement sur les plans économique, social, politique et culturel. Et la femme ne peut pas participer dans cette dynamique si elle ne sait pas d’emblée c’est quoi sa mission. Certes, elle connaît sa mission mais cet atelier c’est justement pour renforcer ses capacités pour qu’elle soit édifiée et pour qu’elle ne soit pas éparse afin qu’on puisse avoir un groupe de femmes qui ont un esprit éveillé et savoir ce que c’est le leadership. Nous devons par là pouvoir diversifier nos actions pour que chacune puisse se cantonner sur une action bien donnée et apporter une valeur ajoutée au développement recherché.
 
Tahalil Hebdo : On a parlé de la discrimination de la femme au foyer. Quelle lecture vous inspire cette discrimination qu’on pourrait relativiser au niveau des rôles distribués aux couples dans le foyer par l’Islam?
 
S.S.
: Justement. On parle beaucoup de la discrimination des femmes au foyer. Au cours de l’atelier, nous avons cherché à comprendre les raisons de cette discrimination. On sait que l’Islam a donné tout ce qu’il faut à la femme. Mais aujourd’hui, la réalité est là. Elle est criante. La conjoncture que traverse ce monde fait que la femme ne peut pas rester seulement à la maison et laisser son conjoint supporter toute la charge familiale. Certes il y a des responsabilités qui reviennent à l’époux, mais la réalité est là. Nous, dans notre lutte, nous avons vu des hommes qui sont nobles, qui s’acquittent de leurs rôles que leur confère l’Islam. Mais il y a toujours des difficultés. D’autres hommes par contre ignorent tout de ce que l’Islam leur dit par rapport aux charges familiales. De ce fait, la femme est obligée de sortir et de travailler au même titre que l’homme dans l’intérêt du foyer. Donc l’égalité qu’on recherche, n’est nullement ce que beaucoup pensent. Nous n’inverserons pas les rôles car Dieu les a déjà attribués de façon biologique et convenablement. Mais nous cherchons à équilibrer les choses. C’est l’égalité dans la complémentarité au niveau de la gestion du foyer. C’est-à-dire que mon conjoint peut ne pas faire et que je suis à mesure de le faire, que je puisse le faire dans l’intérêt de la famille. Parce que si en Mauritanie on arrive à avoir des familles équilibrées, où il y a moins de divorces, où les enfants sont épanouis, je suis sûr que d’ici deux ou trois ans, on arrivera à avoir une autre Mauritanie. Donc, ce que nous cherchons et je le répète, c’est l’égalité dans la complémentarité. Pourquoi nous nous sentons discriminées par rapport aux devoirs de la famille. C’est parce qu’aujourd’hui la femme travaille au même titre que l’homme. Et que si cette dernière s’adonne convenablement à une activité, elle est obligée de trouver un rendement sinon son statut de femme sera toujours dégradé. La femme a doublement une image à défendre. Non seulement elle doit défendre parce qu’elle est importante démographiquement dans l’échiquier national mais quand elle travaille, elle doit rendre compte positivement de son rendement au même titre que l’homme. Donc, j’ai ce souci de remplir ma mission mais arrivée à la maison, je dois savoir qu’il y a des corvées qui relèvent de la femme qui m’attendent. 
C’est pourquoi, nous souhaiterions qu’il y ait un changement de mentalités des hommes dans l’intérêt général. Si un  homme cède certaines choses à sa conjointe, ce n’est pas parce qu’il est faible ou sa femme ne l’aime pas. Ou bien on veut le marginaliser ou le ridiculiser non, loin de là. Parce qu’aujourd’hui, si cette femme qui s’adonne doublement aux activités professionnelle et conjugale, si elle tombe malade, c’est son conjoint qui sera le premier à le ressentir.  Donc nous plaidons pour qu’on ait une société épanouie, pour que tous les segments de la société participent au développement.
 
T.H. : Certains pensent que laisser la femme aller travailler, c’est l’exposer au monde extérieur. Ce qui pourrait être source de divorce.
 
S.S. :
C’est une idée aberrante. C’est averti d’ailleurs. Nous, dans le cadre de notre lutte, de notre sensibilisation pour un leadership féminin, nous cherchons à renforcer les capacités par rapport à tout ça. On sait que la femme est par essence attirante et que cela peut occasionner certaines tentations. Mais je pense que dès l’instant qu’on a des femmes très averties, qui savent que quand elles sortent de leurs familles, ce n’est pas pour s’exhiber ni autre chose, mais pour valoriser les compétences, pour combler un déficit qui est là. Par conséquent, c’est à elles d’avoir un comportement digne de cela. D’ailleurs, étant des femmes musulmanes, nous devons avoir un bon comportement qui ôterait ou éviterait toute tentation sexuelle. Quelque soit l’importance ou l’intérêt qu’on nous donne, notre référence, c’est l’Islam. Et si on s’y réfère, il y aura toujours des retenues et je demande à mes frères d’avoir un changement de mentalité. Ce n’est pas parce qu’une femme est correcte ou elle se retrouve dans certains milieux qu’elle s’expose à tout. Il faut que les hommes voient en la femme comme quelqu’une qui est là pour travailler et combler un déficit criant. C’est ce que nous avons besoin pour jouer un rôle dans le développement de la famille.
 
T.H. : Sur le plan économique, certains pensent que si le revenu de la femme est plus élevé que celui de l’homme, cela pourrait engendrer un déséquilibre au niveau du foyer et par conséquent aboutir au divorce. Qu’est-ce que vous en pensez ?
 
S.S. :
Je m’excuse mais je pense que ça c’est un complexe que les hommes développent par rapport aux femmes. On sait que de jour en jour les remariages deviennent de plus en plus rares. On a souvent peur de marier la femme qui est éveillée, instruite, présente, la femme d’action, qui est leader parce qu’on la craint. L’homme voit mal que la femme le rivalise, qu’on le domine par rapport aux compétences, c’est pourquoi, le plus souvent il se réfugie derrière l’Islam pour blâmer cette femme. Alors qu’il doit en être fier parce que derrière tout grand homme, il y a une grande femme. En tout cas, nous, nous n’avons jamais nourri ce sentiment. La femme veut toujours que son mari soit plus instruit, plus élevé que les autres. Ce n’est pas une concurrence encore moins une rivalité. Au contraire il faut que les hommes aident les femmes à sortir du gouffre d’antan, que les femmes cessent d’être seulement des gardiennes de foyers. Ne voyez pas en nous vos rivales. Nous ne voulons pas être des femmes célibataires, des femmes répugnées et léguées en arrière. Il faut que vous épousez nos idées et comprenez  ce que nous faisons car, le développement ne peut se faire par l’action d’une seule composante.
Propos recueillis par Ibou Badiane


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