Le dernier conseil des ministres du jeudi 24 mars 2016, a adopté une loi relative à la transplantation d’organes humains très controversée dans le milieu religieux. Le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Ould Ehel Daoud a expliqué face à la presse que ...
... cette loi respecte toutes les prescriptions religieuses, au contraire de plusieurs écoles juridiques musulmanes qui considèrent cette pratique de contraire aux enseignements de l’Islam. Le débat fait aujourd’hui rage sur la question. «Don et greffe d’organes: autorisés ou interdits?» La question fait aujourd’hui débat en Mauritanie, à la lumière du projet de loi adoptée lors du dernier conseil des ministres du jeudi 24 mars 2016 et qui autorise dorénavant une telle pratique en Mauritanie. Alors que le ministre de la Santé, Kane Boubacar, déclarait que toutes les dispositions sont prises pour canaliser la transplantation d’organes humains dans le respect des valeurs, le ministre des Affaires islamiques, Ould Ehel Daoud, précisait pour sa part que cette opération sera menée en Mauritanie en total respect des prescriptions de l’Islam en la matière. Thèse des Ulémas pour la transparence d’organes Il faut dire que le débat sur la question dépasse les frontières du pays. La question se pose d’une manière générale dans le monde islamique. Il apparaît ainsi que l’Islam autorise une telle pratique sous réserves de plusieurs conditions. Il est établi en effet qu’il existe des organes qu’il n’est pas permis de greffer, donc de prélever. Il s’agit des organes génitaux et des organismes qui renforcent des cellules gardant les caractéristiques de l’être humain sur qui le prélèvement a été fait (les testicules, l’ovaire) dont les cellules reproductrices transmettront les caractéristiques génétiques de celui sur qui le prélèvement a été effectué. Cette Fatwa a été émise par Al Ghardawi, dans son ouvrage «Fatà wà mu’âssira». Concernant la greffe d’autres organes, certains ulémas considèrent que la greffe d’organes est permise en soi (dans le cadre du respect des principes de l’éthique musulmane). Selon eux, la première règle est celle de la permission originelle (al-ibâha al-asliyya) en l’absence d’un texte ou d’un principe extrait d’un texte indiquant une interdiction. Or, les savants trouvent qu’en ce qui concerne la greffe d’organes, il n’y a bien sûr pas de texte explicite du Coran et des hadiths l’interdisant (puisque la greffe était inconnue de la médecine d’il y a quatorze siècles).
Les savants opposés à la pratique Plusieurs Ulémas déclarent qu’il existe des textes et principes islamiques opposés aux greffes d’organes, donc à leur prélèvement. Parmi eux, le savant indien Khâlid Saïfullâh, dans son ouvrage «Islâm aur jedîd medical massâil », considère que la transplantation d’organe n’est permise qu’en cas de nécessité. Selon lui, un hâdith dit «casser l’os d’un défunt est comme casser l’os d’un vivant » rapporté par Abû Dâoûd, Ibn et Ibn Mâja. «Ne s’agit-il pas, dans ce cas du prélèvement d’un organe de la dépouille mortelle, d’un cas similaire ? » conclut-il. Des juristes musulmans des siècles précédents ont écrit qu’il est interdit à un homme d’utiliser des organes humains, à cause de la nécessité du respect dont on doit témoigner vis-à -vis d’eux. Ils avancent aussi que «le jour du Jugement, quand les hommes seront ressuscités, qu’adviendra-t-il de l’organe qui aura appartenu à une personne puis, à sa mort, aura été greffée sur une autre ? En ce jour du Jugement, avancent-ils, les organes témoigneront de ce qu’aura fait leur possesseur sur terre. «Eh bien, pour lequel des deux l’organe greffé viendra-t-il témoigner ? » se demande le savant indien Khâlid Saïfullâh. Parmi aussi ses arguments, «le corps n’est qu’un dépôt entre les mains de l’homme ; il appartient à Dieu ; comment l’homme pourrait-il être d’accord pour céder ce qui appartient à Dieu ? »
La réponse concrète des savants contemporains Les savants contemporains pensent que le prélèvement et la greffe d’organes humains ne constituent pas en soi des manquements au respect de l’être humain et de ses constituants, précisant cependant que la vente d’organes humains est interdite. Ils pensent aussi qu’il est permis de recevoir un greffon en cas de nécessité (danger de mort, ou présence de graves difficultés comme la cécité) et quand les médecins compétents jugent très probable la guérison par le moyen de la greffe. Ainsi, de leur point de vue, «le musulman peut tout à fait recevoir un organe prélevé sur un non musulman ». Selon eux également, le prélèvement d’un organe sur une personne défunte est possible à la première condition qu’il en ait donné l’accord de son vivant et à la seconde condition que ses proches en donnent aussi l’accord après son décès. Il n’est pas cependant possible, selon leur point de vue, de prélever la majeure partie du corps du défunt, ni une partie du corps telle que le bain mortuaire, l’enveloppement dans le linceul et la prière funéraire ne puissent plus être possible. Le Muftî Radhâ’ ul-Haqq a également fait l’exception du cœur, qui ne peut être prélevé sur une personne défunte. Ils considèrent par ailleurs que le donneur doit être majeur, excluant par là les enfants, que le don doit être gratuit, qu’il doit porter sur un organe interne, excluant le don d’un organe externe comme le pied, la main, l’œil. Ils ajoutent que l’organe doit être double chez l’individu comme le rein, donc les organes qui ne sont pas double seraient interdits, comme le cœur, le foie. Il faudra ensuite que les médecins aient exprimé leur avis sur le fait que la personne vivant faisant le don pourra mener une vie normale avec l’organe restant.
|