Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des Droits de l’homme et en marge de l’Année Européenne pour le Développement (EYD2015), la Délégation de l’Union Européenne en Mauritanie a organisé, ce mardi 08 décembre, une rencontre avec ...
... les Ong de défense des droits de l’homme, notamment celles qui s’activent pour la protection des droits des femmes et des enfants. Le moment a été bien choisi pour le Chef de la Délégation de l’Union Européenne en Mauritanie, SEM José Antonio Sabadell. D’emblée, Mr José a fait remarquer que « Trop de filles sont encore mariées de force ou mutilées alors qu’elles sont encore des enfants ». C’est pourquoi, dans son mot introductif à l’atelier, il a indiqué : « Il ne peut pas y avoir un développement durable si les femmes n’ont pas les moyens de leur émancipation et le pouvoir qui donne l’autonomie et cela ne peut s’achever que si toutes les formes de violence contre les femmes sont éliminées ». L’UE qui s’est investie pour inclure le combat en faveur des femmes dans les nouveaux objectifs de développement durable, compte, à partir de janvier prochain, mettre en œuvre un plan d’action pour la période 2016-2020. Et ce, dans le souci d’apporter « une aide renforcée à travers de projets et des plaidoyers pour s’attaquer à toutes les formes de violence contre les femmes et en particulier pour finir avec les mariages forcés d’enfants et les mutilations génitales » a souligné le Chef de Délégation de l’UE en Mauritanie. Cette rencontre motivée par l’UE a été marquée par la présentation de trois projets financés par cette institution européenne, dans le domaine des femmes et des enfants. Ces projets ont été présentés par l’Unicef, l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF) en partenariat avec Terre des Hommes Lausanne et Terre des Hommes Italie. Unicef : Un projet pour la protection des femmes et des enfants L’Unicef a présenté un projet intitulé : « Protection des enfants mauritaniens contre la violence, l’exploitation, les discriminations, les abus et la négligence ». Cette présentation appuyée à travers les photos, vidéos et photos stories pour expliquer cette problématique, a retenu l’attention de tout l’auditoire pour son importance capitale. L’accent a été mis sur l’excision avec la présentation d’une exciseuse, Khadijetou, septuagénaire, qui a expliqué le phénomène dans son ensemble. Un cas typique du phénomène de l’excision en Mauritanie. Aussi, la vidéo sur le mariage précoce et ses conséquences néfastes sur la vie des victimes, a contribué à étayer le problème. Le témoignage des enfants est éloquent. A travers une campagne de sensibilisation, l’Unicef a présenté un schéma de protection de l’enfant recommandant le renforcement des mécanismes institutionnels, communautaire etc. Cette campagne a permis d’assurer la protection de 125.000 enfants, garçons et filles de 0 à 15 ans. Tout comme elle a mis en place 30 systèmes de protection qui fournissent un paquet de services et des résultats considérables ont été réalisés ces dernières années dans le domaine des droits des enfants. AFCF : Briser le silence et lever les tabous sur les violences féminines Dans sa présentation, Mme Aminetou Mint Ely, présidente de l’Afcf, a passé en revue les formes de violences et de domesticité en Mauritanie. Elle a posé clairement la problématique et ses conséquences notamment la dégradation des conditions humaines des femmes et des enfants. Des violences conjugales sont monnaie courante en Mauritanie qui jadis, ne connaissait pas des violences à l’égard des femmes. Dans le même ordre d’idées, Aminetou a soulevé le cas des femmes migrantes en provenance du Mali et du Sénégal voisins qui subissent des traitements dégradants par leurs employeurs qui refusent parfois de payer leurs salaires. Il s’y ajoute également le problème de la scolarisation des enfants migrants avec les difficultés pour obtenir des papiers d’Etat civil. Certains sont parfois devenus apatrides. En Mauritanie, les victimes sont souvent issues de milieux ruraux pauvres ou tout simplement des communautés défavorisées (haratine, descendants d’esclaves notamment avec 59,3% des cas), révèle Aminetou. Selon Aminetou, la négligence, le problème d’accès à la justice, le manque de législation claire … entre autres, sont les problèmes majeurs auxquels les femmes sont confrontées en Mauritanie. Des campagnes de sensibilisation ont été organisées à Nouakchott et à l’intérieur du pays, des systèmes d’alertes et quatre centres d’écoutes sont mis à la disposition des victimes. Le tout a été couronné par la mise place d’un plan stratégique de lutte contre le phénomène ainsi qu’un plaidoyer pour la valorisation et l’application des lois contre la traite des femmes et des filles dont le dernier exemple le plus illustrant reste l’affaire des jeunes filles recrutées et envoyées en Arabie Saoudite. Des défis donc restent à relever dans ce domaine. Terre des Hommes Italie : Améliorer la prise en charge des enfants en conflits avec la loi Sur ce plan, Mr Stefano Perosino, coordinateur du projet, a pour sa part présenté celui-ci. L’inscrivant dans son propre contexte, ce phénomène des enfants mineurs en conflit avec la loi est devenu récurrent en Mauritanie. Ces dernières années, note le présentateur, 4000 enfants sont interpellés dont 1000 ont été envoyés en prison. Toutefois, des efforts ont été consentis pour améliorer la situation avec la création des centres d’accueils et de réinsertion des enfants dont un est en construction à Nouadhibou. L’Etat ne ménage aucun effort à travers le CARSEP pour pallier la situation. Mieux, des acteurs de la société civile plaident pour la séparation des prisons de mineurs et des adultes. Car des risques sont énormes. Certains ont intervenu pour donner plus d’éclairage sur la situation des enfants en conflit avec la loi notamment Mme Irabiha Mint Abdel Weddoud, présidente de la commission nationale des droits de l’homme, l’une des pionnières de ce combat. Tout comme Zeinabou Mint Taleb Moussa présidente d’AMSME dont le centre El Wafa s’illustre positivement dans l’accueil, l’écoute, l’accompagnement et la réinsertion des enfants victimes. Après ces présentations, un débat a été ouvert et des intervenants n’ont pas manqué de mettre le doigt sur la problématique. Enfin, le Chef de la Délégation de l’UE, José Antonio Sabadell, a souligné que le chemin est encore long mais des efforts ont été réalisés aboutissant à l’amélioration de la situation. Toutefois, il a demandé aux acteurs des OSC de redoubler d’efforts pour parvenir à éradiquer définitivement le phénomène. I.Badiane
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