Condoleezza Rice : Tout commença par une histoire de fèves   
15/08/2006

Au temps de l’esclavage, il y avait les esclaves qui vivaient dans la plantation et ceux qui vivaient dans la maison. On avait le privilège de vivre dans la maison s’il l’on servait le maître comme il voulait être servi. C’est pourquoi ils (Condoleezza et Powell, NDLR) sont actuellement à la Maison.
 Une invective, dit-on, mais elle fut la pire des invectives, lancée en 2003 par Harry Belafonte, le grand chanteur de calypso et patron de l’association des journalistes noirs américains, contre ce qu’il qualifie de boniches du Parti républicain, et à leur tête Condoleezza Rice, l’actuelle secrétaire d’Etat. L’attaque de Belafonte résume, en substance, toute l’interrogation qui a «torturé» l’imaginaire d’une communauté des observateurs et relative à la présence d’une noire dans une formation politique connue pour son fichier ségrégationniste.



L’injure était suprême lorsque Trent Lott, sénateur du Mississipi et ex-leader de la majorité au Congrès, c’est-à-dire le troisième homme puissant après Bush et Cheney, s’était illustré par une autre déclaration plus scandaleuse, au moment où Rice occupait le poste de conseillère à la sécurité nationale. Trent s’était montré fier d’avoir voté pour Strom Thurmond, le candidat raciste à la présidence américaine dans les années cinquante, en disant «nous sommes fiers de l’avoir fait, et si le reste du pays avait suivi notre direction nous ne serions jamais arrivés là». Pis encore, George Bush lui-même prononça, lors de la campagne primaire des élections présidentielles 2000, un discours controversé à l’université Bob Jones de la Caroline du Sud, lors duquel il démontra qu’il n’était pas au-dessus de tout reproche en matière raciale. Dans ce discours, le locataire de la Maison Blanche avait déclaré qu’il n’aimait pas les couples et les flirts interraciaux, sous prétexte que «Dieu a mis des barrières entre les peuples».
Cela pose donc autant de questions sur ce credo qui anime la démarche de Condoleezza Rice dans un parti qui, en réalité, la rejette, un parti dont l’étendard est porté par des personnalités vouant à la ségrégation raciale les grandes louanges. Selon le New York Times, Rice est consciente de la situation, mais lutte pour asseoir son leadership en tant que noire dans une formation politique qui, selon elle, est en train d’évoluer sur la question raciale. Pour un éditorialiste comme Nicholas Kristof de New York Times qui énumère, souvent, les exploits de Rice, Belafonte fait partie de cette gauche qui ne peut prêter que les pires intentions à l’administration républicaine. Il disait d’ailleurs dans un passage «ces jours-ci, la gauche intelligente s’abrutit et risque de sombrer dans le même cloaque d’incohérence outrée. Belafonte, comme sa gauche, s’abaisse et se marginalise en multipliant les épithètes plutôt que les arguments».
Or les ripostes répétitives du journaliste du New York Times pour défendre Rice et la démarche d’intégration prônée par quelques républicains n’ont pu séduire outre mesure les supporteurs de Belafonte, lesquels ne se sont pas laissés séduire par l’intellectualisme d’un Kristof à la solde républicaine. Pour eux, Rice est une idiote utile travaillant chez un président lui aussi idiot. La seule différence entre cette femme et Bush réside dans le fait que ce dernier est un menteur et usurpateur.

L’effet Condoleezza
Nous disposons de deux éléments fort essentiels, lesquels peuvent expliquer la présence dans la chaumière républicaine de la dame noire, mais surtout jettent l’éclairage nécessaire sur son activisme pro-israélien au point de devenir le personnage pivot dans la consolidation de l’emprise sioniste sur le Moyen-Orient. Antonia Felix raconte dans son livre «Condi: The Condoleezza Rice Story» le parcours inédit de la plus importante figure de l’administration américaine. Antonia disait que l’éducation de Rice est en quelque sorte une affaire génétique.
Son arrière-arrière-grand-mère Julia était esclave dans une plantation blanche de l’Etat de l’Alabama (centre sud-est des Etat-Unis). Malgré une situation très pénible, Julia avait appris à lire et à écrire. Libérée après la guerre civile, Julia se marie et eut neuf enfants: tous reçurent une bonne instruction scolaire. C’est dans cette tradition que Rice (née le 14 novembre 1954) grandissait. Son père John était un enseignant et un ministre de l’Eglise presbytérienne.
Sa mère Angelena était aussi enseignante, spécialisée en sciences et en musique. Angelena baptisa sa fille en lui donnant le prénom de Condoleezza, contraction de la formule musicale italienne Con Dolcezza (avec douceur). C’est en Alabama que ça se passe. La famille Rice assista avec une certaine distance aux combats menés par les autres noirs pour le recouvrement des droits civiques, et avait, vraisemblablement, pris le côté opposé à la lutte de la communauté noire américaine.
Selon certains échos, l’histoire de Condoleezza Rice avec le parti républicain est une sorte d’héritage familial. C’est son père John qui, en voulant adhérer en 1952 au Parti démocrate, se heurta à une humiliation tout à fait singulière le poussant à aller s’inscrire au sein du parti de droite. En effet, le chef du Parti démocrate de Tutssville (Alabama) qui recevait Monsieur Rice pour l’inscrire, lui montra un pot rempli de fèves et lui exigea comme condition de deviner le nombre. Furieux, John quitta les lieux pour aller s’inscrire chez les conservateurs républicains. C’est ainsi que le Parti républicain devint par la suite le foyer politique «naturel» de la famille de Condoleezza, laquelle finira par développer des réflexes conservateurs et une religiosité très marquée. Ces informations constituent, en somme, le premier élément que nous avions cité.
Quant au deuxième élément, il tourne autour d’une piqûre à dose sioniste injectée à Condoleezza durant ses études universitaires. En effet n’ayant pas pu fréquenter l’université de Birmingham (Alabama), car dans cet Etat on n’accepte pas les étudiants noirs, Rice partit au Colorado pour s’inscrire à la faculté des sciences politiques de Denver et c’est là où elle fit la connaissance du professeur Joseph Korbel, un ex-diplomate juif de la Tchécoslovaquie et grand idéologue du sionisme. Ironie du sort, Joseph est le père de Madeleine Albright. Ce monsieur quitta son pays lors de la Deuxième Guerre mondiale pour venir s’installer aux USA. Il emporta avec lui un lot de tableaux de valeur, volé à une famille tchécoslovaque de Prague (information donnée par le Time de Londres en 1998). Korbel finit par devenir le père spirituel de Rice, laquelle tomba en amour de sa doctrine sioniste. Israël va alors constituer le bijou religieux le plus précieux.

Le poids de l’argent
Rice profita du sionisme non seulement en terme dogmatique, mais amassa des fortunes et fortifia sa position dans la hiérarchie de la compagnie Chevron Texaco. La communauté juive américaine vit en elle quelque chose d’inédit, d’original, c’est le sionisme en couleur noire. Elle finit par être propulsée à l’avant-scène jusqu’à ce qu’elle toucha Brent Scowcroft, une grosse pointure républicaine, qui la recommanda à George Bush. Le Président la rencontra en 1998 alors qu’il était gouverneur du Texas. Selon certains sons de cloche, il y a actuellement un effet Condoleezza à la Maison Blanche. «Une servante docile» selon ses détracteurs, une «femme de chambre» pour d’autres, mais qui sait jouer merveilleusement au piano.
Toutefois, il faut bien se mettre à l’évidence pour avouer que la secrétaire d’Etat n’est pas dans le gouvernement pour donner une belle photo d’intégration de la minorité noire et par voie de conséquence elle devait jouir de la considération voulue. Il s’agit d’une vitrine factice, argumente-t-on. Rice le sait. Au fond, il est question d’un véritable patriotisme sioniste de pacotille où les enjeux financiers, l’odeur du profit et le support à Israël priment même sur le sentiment d’appartenance. Les détracteurs comme Belafonte affirment que, d’une rare hypocrisie, la secrétaire d’Etat tente, de temps à autre, de jouer l’oppositionniste conjoncturelle aux autres ténors de la Maison Blanche, en s’adonnant à des valses caméléonesques. Elle fit exactement comme Powell.
D’ailleurs, pour dénoncer ce jeu incontestablement lunatique dans une droite arrogante dans laquelle se développe un clan aux dérives racistes et hégémonistes, le célèbre essayiste Michael Moore (ne pas confondre avec le cinéaste, NDLR) avait dissipé toute mauvaise compréhension au sujet de Powell, en écrivant dans son livre Stupid White Men: «Détrompez-vous... Quand il ne fait pas la guerre, Collin Powell siège aux conseils d’administration de Gulfstream Aerospace et America Online». Et Condoleezza Rice dans tout ça ? Elle siège aussi, répond-on.
La servante de la maison, selon les insinuations de Belafonte, est plus royaliste que le roi et c’est de bonne guerre qu’elle était la première à proposer l’invasion de l’Irak. Il est toujours utile de faire un petit recul, sept années en arrière, pour découvrir où était l’actuelle secrétaire de Bush. Ce faucon de la Maison Blanche se comptait dans le puissant entourage de Kenneth Derr, le grand patron de la compagnie Chevron (valeur boursière de 144 milliards de dollars en date du 4 août 2006). C’est là où elle fut membre influente du conseil d’administration de la multinationale pétrolière. Or dans cette période ce même conseil d’administration avouait bien candidement que l’Irak possédait d’énormes réserves de pétrole et de gaz, des réserves auxquelles Chevron se devait d’accéder.
Sur le plan des intérêts et en plus de son appartenance à Chevron, Condoleezza est propriétaire d’un tanker qui porte son nom et d’un pétrolier enregistré dans les Bahamas. La dame de fer est toujours actrice principale de l’industrie pétrolière comme avait souligné dans le Los Angeles Times de début de décembre 2002, le spécialiste Sandy Nolan de l’université de la Californie à Berkeley. L’universitaire apportait dans sa contribution une information de taille, celle qui consistait à nous informer que le président du Congrès national irakien, Ahmed Chalabi, chef de file des opposants à Saddam en 2002, entretenait, même avant l’élection de Bush, des rapports étroits avec Richard Pearl, Rumsfeld, Cheney et Condoleezza.
Avant la guerre, écrit le Wall Street Journal, la secrétaire d’Etat avait tenu dans un hôtel de Washington des échanges informels avec plus d’une douzaine d’experts pétroliers irakiens en exil. Une seconde rencontre de ce type s’est tenue fin janvier 2003 et une troisième s’est déroulée en mars 2003.

Par El Hadj Zouaimia, (le Quotidien d’Oran Algérie)

 


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