Transition démocratique: Evaluation à mi-parcours Par Ely Ould Nava, journaliste   
03/07/2006

Les engagements du CMJD pris les premières heures du 03 août 2005 ont été, non seulement respectés mais mis en œuvre en partie.

Le jalon le plus important des différents stades qui constituent la transition démocratique a été l’adoption par référendum des amendements constitutionnels. Le 25 juin 2006, une page historique du calendrier électoral est donc définitivement tournée.

Les yeux des Mauritaniens sont maintenant tournés vers les prochaines élections législatives et municipales de novembre prochain. C’est le Rendez-vous décisif qui attend les différents acteurs de la scène politique du pays.



Depuis quelque temps, chaque parti politique fait valoir qu’il est le plus populaire et le plus influent en Mauritanie.

Mais les urnes ne manqueront pas à démontrer au peuple mauritanien et à chaque leader politique, quel sera le poids réel de tel ou tel parti, parce que pour la  première fois, la Mauritanie va connaître des élections justes et transparentes où légalité entre tous les candidats est assurée. Le CMJD et son Gouvernement continuent à démontrer leur neutralité vis-à-vis et contre tous.

Un élément de taille nous manque cependant : c’est la culture d’accepter la défaite parce que dans une élection il y a toujours un gagnant et un perdant. Il ne peut pas y avoir donc deux vainqueurs dans une compétition.

En Mauritanie, on n’a pas encore l’habitude d’accepter le triomphe du rival. C’est ainsi alors qu’au lieu de reconnaître ses faiblesses, on crie à la fraude et à la partialité de l’administration.

La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) dont la réputation est déjà plus qu’entachée par le mystère qui a entouré le recrutement des membres de ses Commissions Régionales et sous régionales sur critère flagrant de parenté, saura difficilement jouer le rôle d’arbitre qui est le sien. Avant même les échéances électorales prochaines, la CENI aura englouti des fonds énormes dont l’utilisation doit être clarifiée. La CENI doit être visitée par la Cour des Comptes, par le Contrôle d’Etat, par la Brigade de lutte contre la criminalité économique et toutes les institutions concernées par la protection des biens de la Nation.

Si les membres de la CENI ont un passé relativement « clean » qui a servi de base à leur désignation, ils se livraient aujourd’hui à des pratiques dans l’ombre tout en clamant leur probité ; Mais les faits risquent de parler plus haut que les paroles (favoritisme dans le recrutement, fournisseurs bidons, salaires faramineux entre autres). Comme dirait le CID de Corneille, s’agissant de la désignation des membres de la CENI : « les membres du CMJD sont ce que nous sommes, ils peuvent se tromper comme tous les autres hommes… ».

Le vrai gagnant de la transparence et du bon déroulement des élections est et demeure les citoyens mauritaniens. Les politiciens, tout comme le CMJD et son Gouvernement doivent être conscients que l’électeur mauritanien n’est plus si facilement malléable comme le passé.

Aujourd’hui, tout mauritanien, de Vassala N’yeré à El Moutevejiratt (Ndb) connaît parfaitement l’importance du vote et son enjeu ; c’est pourquoi, en toute conscience et seul dans l’isoloir il votera pour son propre candidat et pas forcément pour celui recommandé par son parti politique au cours des campagnes électorales.

Cette fois-ci, non seulement il y’aura des surprises tant au niveau des partis qu’au niveau des élections. De telles surprises ne se limiteront pas aux échéances législatives et municipales mais aussi et surtout à l’occasion des présidentielles de mars 2007.

Il est fort regrettable que certains chefs de formations politiques sont déjà donnés pour gagnant. C’est dommage pour eux en particulier parce qu’il n’est pas exclus, loin s’en faut, que le prochain président de la République soit un outsider genre Ahmedi Najad, non pas pour ses convictions politiques et religieuses mais pour le changement parce que beaucoup de mauritaniens pensent que les leaders politiques actuels qui préparent clairement leurs candidatures à la Magistrature Suprême du pays, ont déjà trempé dans des affaires sous les différents régimes qu’a connu le pays de 1960 au 03 août 2005.

Certaines rumeurs et courriers électroniques téléguidés attribueraient au CMJD le parrainage de telle ou telle candidature à la présidentielle de la République pour des raisons d’alliances naturelles ou de stratégie.

Mais on oublie qu’il est impossible d’envisager une telle prise de position parce que la réussite dans la réalisation de la transition démocratique réside dans la neutralité absolue du CMJD et de son Gouvernement jusqu’à la remise du pouvoir au futur président démocratiquement élu. Est-ce peut-être très tôt de parler de chaque candidat à la présidentielle parce qu’il n’y en a pas encore de façon officielle ? Peut-être d’ailleurs que le futur président de la Mauritanie n’a pas encore pensé à se porter candidat. Mais on aura tout le loisir de revenir sur cette question d’ici la fin de l’année en cours.

Maintenant que l’échéance du référendum est derrière nous, et qu’elle s’est déroulée dans les meilleures conditions montrant ainsi la grande maturité du peuple mauritanien, et qu’elle a été l’occasion pour chaque électeur d’accomplir son droit sacré à savoir le choix de la constitution qu’il veut pour la Mauritanie, il faut tirer les leçons qui s’imposent. Ce jour là du 25 juin 2006, chaque mauritanien s’est senti plénipotentiaire pour décider du sort de la Nation.

Les mauritaniens d’aujourd’hui ne sont plus ceux qu’on entassait dans l’arrière des camions et qu’on conduit vers des bureaux de vote sans savoir pourquoi et pour qui.

On les a vus en effet ce jour du 25 juin 2006 déferler en masse, par leurs propres moyens, tôt le matin vers les bureaux de vote en ordre parfait et en toute liberté.

Même les éléments de la Garde Nationale présents pour le maintien de l’ordre, n’en revenaient pas en voyant cette organisation et cette autodiscipline.

En lignes droites, les électeurs attendaient chacun son tour, mettant ainsi le service public au « chômage automatique ».

Cette nouvelle façon de faire démontre encore de nouveau, si besoin était, que le peuple mauritanien n’a pas besoin de parrain, ni de dictateur pour prendre en main son propre destin.

En attendant donc la prochaine échéance électorale, le moment est plus que venu pour le CMJD de revoir la composition du Gouvernement qui a été nommé à la va-vite dès les premiers jours du changement du 03 août dernier.

Autant les observateurs nationaux et étrangers sont chaque jour impressionnés par le respect constant des engagements du CMJD dans le cadre de la réalisation de la transition démocratique, autant leur déception et plus que constante en ce qui concerne les prestations des membres du premier Gouvernement de la transition, « ramassés » ça et là au lendemain de la destitution de l’ancien régime. Pourtant l’une des plus longues périodes d’essai leur a été donnée pour être ministrables (11 mois).

Deux animateurs de la presse audiovisuelle trouvent leur compte dans l’imperfection du Gouvernement actuel : il s’agit d’un certain Amar Ould Bou Houbeiny, et un certain Baba Ould Sidi Abdalla: seuls les médiocres comprennent les médiocres.

Tout ce Gouvernement « Bismillah allih » doit être balayé à l’exception de trois  ministres qui sont excellents : le ministre de la Justice, le ministre des Finances et le ministre des Affaires Economiques et du Développement qui a été la révélation de cette transition et qui a eu la clairvoyance de désinfecter son département en écartant d’anciens prédateurs intouchables. Le ministre des Finances quant à lui, a dynamisé nuit et jour pour permettre à la Mauritanie de bien passer sa période d’essai qui lui a été imposée par le FMI dans le cadre du dossier de l’annulation de sa dette multilatérale.

La justice connaît des réformes profondes selon les critères et recommandations arrêtées dans le cadre des journées nationales de concertation.

Les autres départements ne doivent plus continuer à souffrir du vide qu’ils connaissent depuis le 03 août car il reste un long chemin avant l’installation du prochain Gouvernement de la deuxième République.

Une autre question se pose sur toute les lèvres : Pourquoi le Premier Ministre actuel a-t-il tant couvert les insuffisances et le ridicule de son équipe ?

Ce n’est pourtant ni l’expérience ni la compétence qui manquent à l’homme. Est-ce peut être les coudées franches ?

En tout cas, toute transition quelle qu’elle soit, a besoin d’une équipe composée d’hommes de grandes qualités et non d’épouvantails.

Seuls les ministres de la transition qui n’ont pas fait de bilan nourrissent une rumeur selon laquelle ils doivent rester en poste jusqu’en mars 2007, quelque soient leurs prestations ou leurs fautes.

Mais personne n’est indispensable surtout quand on est incompétent et déstabilisé par l’énormité des dossiers techniques dont on ne maîtrise pas le moindre chapitre.

Le prochain remaniement peut avoir surtout un impact positif à savoir l’absorption de certains chômeurs universitaires, ce qui correspond bien à la politique de bonne gouvernance, de l’égalité des chances et de justice distributive, bien à la mode par les temps qui courent.

 


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