Le Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz à la voix de l’Amérique :   
08/08/2005

" Nous n’irons jamais au-delà de deux ans et nous mettrons en place un gouvernement issu du peuple "

Retranscription de l’interview exclusive accordée le lundi 8 août 2005 à la Voix de l’Amérique par le Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, membre du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie.



Voix de l’Amérique: D’abord sur la position des États-Unis, écoutons en exclusivité sur la Voix de L’Amérique le Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz membre du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie.

Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz : La réaction de réserve exprimée à Washington est tout à fait compréhensible. Tout changement d’un régime civil vers un régime militaire ne peut que susciter des réserves, des interrogations parmi les démocraties du monde en l’occurrence les États-Unis, mais nous pensons qu’après les rencontres que le Président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie a eut avec l’Ambassadeur des États-Unis et ceux des autres pays comme la France, par exemple, l’Allemagne, la Chine, la Russie et Israël, ainsi qu’avec les pays frères et voisins sénégalais, les Maliens, les Marocains, les Algériens, nous sommes donc plus ou moins rassuré et nous espérons que les choses vont rentrer dans l’ordre. Une Mauritanie démocratique, stable et unie sera bien vue par tous, aussi bien par nos amis occidentaux que nos frères de la sous-région. En fait, et pour revenir à l’action du 3 août par les forces armées et de sécurité, cette action est l’expression de la volonté du peuple mauritanien, comme l’ont prouvées d’ailleurs les marches de soutien, les mouvements de liesse populaire qui ne sont pas organisées mais issus du peuple et qui démontrent l’état de lassitude du peuple vis-à-vis de l’ancien régime. Ce ne sont pas des manifestations qui ont été organisées comme par le passé, ni demandées, ni commandées.

Voix de l’Amérique : Vous dites que sont des manifestations spontanées du peuple, mais c’est ce même peuple qui avait voté aussi pour porter Ould Taya au pouvoir. Alors pourquoi ce coup d’état ?
Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz :
Vous savez, ce régime est resté pendant 21 ans et il a marqué profondément les mauritaniens. Il régnait un esprit de désespoir et les gens étaient résignés. La plupart pensaient que la Mauritanie et son avenir étaient liés à une personne. Que les gens votaient ou pas, c’était toujours la même personne qui passait. Vous n’êtes pas sans savoir que la démocratie qui était instaurée en Mauritanie n’était pas une démocratie au service du peuple. C’était un simulacre de démocratie qui ne ressemble strictement à rien du tout. C’était une démocratie de façade faite pour l’Occident. C’était un maquillage qui servait le régime et un groupe d’individus qui en profitaient aux yeux des organisations internationales, la Banque Mondiale, le FMI.
L’objectif visé par le régime était d’installer un semblant de démocratie pour lui permettre de continuer à tendre la main à l’Occident. Et c’est tout. En tous cas le peuple était de coté et ignorait d’ailleurs ce qui se passait parce qu’on ne l’informait pas. La presse était muselée et le peuple n’était écouté et ne pouvait parler que pour dire du bien et faire les louanges du régime. Je crois que personne ne pourrait démentir ce que je suis en train de vous dire. Et maintenant, vous voyez le peuple qui est en train de parler, de s’exprimer de lui-même. Personne ne lui dicte ce qu’il est en train de dire. Ce qu’il est en train de dire vient de lui-même. Ce sont ses propres sentiments.

Voix de l’Amérique : Vous êtes le Conseil Militaire, qu’est-ce que vous comptez faire ? Vous parlez du peuple, mais qu’elles sont vos intentions ? Est-ce que vous allez rendre le pouvoir aux civils ou bien est-ce que vous faites des promesses que vous n’allez pas respecter ? Le Conseil dit que vous allez rester deux ans, mais généralement le pouvoir on y prend goût aussi.

Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz : Effectivement vous avez parfaitement raison, d’ailleurs nous avons l’expérience du régime précédent qui confirme exactement ce que vous venez de dire, parce qu’à son arrivée il avait prononcé et annoncé de très bonnes choses, mais malheureusement, avec le temps il a vite dévié.
En ce qui concerne le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie. Vous avez, la " Justice " et la " Démocratie ". Vous savez chez nous, il n’y a pas de justice et il n’y a pas de justicier. La justice est une justice corrompue et au service du régime et qui ne sert qu’au régime. La sentence est dictée. Au lieu qu’elle soit débattue par un jury, comme dans tous les pays du monde, elle vient de la présidence. Nous voulons instaurer la justice. Ça, c’est d’une part.
Deuxièmement, la démocratie, le point le plus important : la démocratie, il n’y en a jamais eu. Ce que ne voulons faire, c’est, avec nos partenaires politiques, essayer de voir tout ce qui était mauvais et le laisser de côté et d’asseoir des institutions propres et saines qui doivent aboutir à une démocratie issue du peuple et pour le peuple et non une démocratie, je le répète, qui sera au service d’un groupe d’individus ou d’un homme.
Nous nous attellerons à mettre des garde-fous qui empêcheront qu’un groupe d’individus ou qu’un individu prenne le pouvoir pour se servir du pouvoir et non pas servir le peuple. Et pour ce, le Président du Conseil et l’ensemble des membres s’interdisent de se présenter aux élections, de présenter quelqu’un aux élections, de prendre parti pour n’importe lequel des candidats. Je sais qu’on a beau dire, il y aura toujours des sceptiques, mais ces sceptiques seront surpris, je dit bien qu’ils seront surpris, parce que nous n’irons jamais au-delà de deux ans et nous mettrons en place un gouvernement issu du peuple et qui sera au service du peuple. Ce point, c’est au peuple de le faire. C’est à lui de choisir son gouvernement, nous on ne peut pas le faire à sa place.

Voix de l’Amérique : Vous comptez organiser des élections libres ?

Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz : Des élections libres, transparentes, je dis bien libres et transparentes. À ces élections seront invités toutes les bonnes volontés. Tous les amis de la Mauritanie qui voudraient l’aider pour prouver au monde entier qu’il n’y a eu que transparence. La balle est dans le camp des partis politiques. À eux de s’organiser. C’est leur affaire. On les a aidé et ils doivent nous aider. Le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie n’est pas venu pour l’argent, ni pour le pouvoir. Parce que si on était venu pour l’argent ou le pouvoir, on serait resté avec l’ancien régime. Vous m’entendez bien ?

Voix de l’Amérique : Je vous suis oui.

Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz : On serait resté avec l’ancien régime. Et là,sur ce plan, c’est-à-dire l’argent, nous aurions facilement pu profiter de ces largesses   connu de tous d’ailleurs   et du favoritisme que chacun lui connaît.

Voix de l’Amérique : Vous dites élections, mais on sait que l’ancien régime avait fait condamner beaucoup de gens, notamment d’anciens présidents. Qu’allait vous faire ? Est ce qu’il y aura une amnistie proclamée vis-à-vis de ces hommes politiques qui ont aussi subi cette injustice dont vous parlez?

Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz : Effectivement, c’est cette injustice ou cette justice au service d’un régime dont certains, je dis même de grandes
personnalités, ont souffert. C’est vrai, cela est un fait, mais le temps nous permettra de prouver notre bonne foi et notre volonté. Les élections qui seront organisées le seront pour le peuple, pour tous les candidats qui s’y présenteront sur le même pied d’égalité.

Voix de l’Amérique : Comme geste de bonne volonté, il semblerait que le Comité a fait libérer une vingtaine de personnes déjà ?
Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz :
Oui, le Conseil à libéré ce groupe de
personnes, ce groupe d’hommes religieux connu de tous, à l’extérieur comme à l’intérieur pour leur modération et leur engagement contre la violence. Certains d’ailleurs sont connus à Bruxelles, au niveau de l’Europe, comme étant des gens très modérés et qui n’ont jamais prôné la violence. Et nous continueront inlassablement, je dis bien, inlassablement pour maintenir l’ordre et pour lutter contre le terrorisme international qui est un fléau. Le terrorisme international qui est en train de prendre de l’ampleur et de se généraliser malheureusement. Et d’ailleurs aussi le fait d’arrêter des gens modérés constitue une provocation pour notre peuple musulman. Nous pensons que c’est là meilleure voix d’inciter des gens paisibles à devenir terroristes.

Voix de l’Amérique : Donc vous êtes contre le terrorisme ?
Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz :
Nous sommes contre le terrorisme. Nous le condamnons avec la dernière des énergies.

Voix de l’Amérique : L’ancien premier ministre vient juste de démissionner. Qu’est ce que vous comptez faire au plan politique ?
Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz :
La machine est déjà lancée. Un Premier Ministre a été désigné par le Président. C’est Monsieur Sidi Mohamed Ould Boubacar.


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