Nouvelle Constitution :« Touche pas à mon arabe», aticle 6 Par Mounirou Fall   
20/06/2006

Enfin le CMJD et ses docteurs ès-constitution ont trouvé aux Mauritaniens un livre de chevet, une sorte d’ana de 32 pages pur produit de l’école «Ould Taya», revu et «corrigé» avec la future aimable approbation des concitoyens d’Ely Ould Mohamed Vall. La nouvelle Constitution semble de prime visu, répondre aux attentes des mauritaniens quant à l’édification d’une société moderne et équitable. Mais, à y regarder de plus près, il y a matière à perdre son français !



Dans ce texte constitutionnel, l’article 6 du chapitre premier intitulé: «dispositions générales et principes fondamentaux » donne d’emblée, une esquisse de ce que va être le paysage linguistique national: «les langues nationales sont l’Arabe, le Pulaar, le Soninké et le Wolof ; la langue officielle est l’Arabe.
On pourra alors parler ces langues où on voudra : au marché, dans la rue, entre voisins de palier ou d’infortune …mais, dans les sphères de l’Etat, censées représenter toutes ces fractions sociolinguistiques, l’Arabe seul et seulement a voix au chapitre de la République.
Dès lors, sera-t-il impossible à l’Etat de voir la «Mauritanie» au propre comme au figuré, autrement que de la « droite vers la gauche»? Et le Français et ses corollaires ? Les «francisants» -l’expression locale consacrée- doivent-ils se recycler, où sont-ils condamnés comme toujours à jouer la cinquième roue du carrosse mauritanien? Que cache réellement cet article 6 ?
Disons-le, autant le Français fut la langue du colonisateur, autant l’Arabe l’était à une certaine époque, autant les dialectes locaux le furent. En réalité, toutes ces langues sont le fruit d’une certaine colonisation. Mais, telle une montagne culturelle, elles ont contribué à faire luire la face adrêt du patrimoine national.
Mais au fond, qui a peur du Français ? Est-ce un concurrent pour l’Arabe? Pourquoi l’Etat se plaindrait-il du fait que «la mariée est trop belle»? Ailleurs dans le monde, le bilinguisme semble bien aller de paire avec n’importe quelle politique: sociale, éducative, économique ou religieuse. L’Egypte, le Canada, le Cameroun, ou même la Belgique souffrent-il d’un mal lié au bilinguisme voire au multilinguisme ? Le pire des Etats, disait quelqu’un, c’est « l’Etat populiste ».
On peut le crier à gorge déployée: le CMJD n’a pas su transcender les velléités particularistes et sectaires liées au choix et à la place à accorder à chaque langue. Les 32 pages de la Constitution sont à travers certains passages, ni plus, ni moins qu’une grosse faute d’écolier visant férocement à exclure de l’Etat mauritanien toute une composante de la collectivité nationale: les «francisants». Traduisez!
Car derrière le paradis de la cohésion nationale annoncée tambours battant lors des tournées présidentielles et explicitement défini dans la Constitution, s’enchaîne sournoisement l’enfer de l’exclusion implicitement détaillé dans l’article 6.En effet, comment peut-on dissocier langues nationales de langue de l’Etat? Ce dernier n’est-il pas le prolongement naturel de la nation ? Si la nation est définie comme une communauté de destin constituant l’unité sociétale de base, l’Etat n’est-il pas la « structure institutionnelle supérieure ayant vocation à représenter l’ensemble de la société sur un territoire donné»?
En dépit de leur statut de langues nationales, le Pulaar, le Soninké et le Wolof ne permettent guère aux populations d’accéder aux sciences modernes, à l’histoire universelle, à la technologie et à la politique, ni de s’ouvrir à l’international ou d’emprunter l’ascenseur «administratif». Le débat n’est pas de hisser ces dialectes au rang de langues officielles, d’autant plus que l’Arabe et le Français –avec leur alphabet- sont diffus sur l’ensemble du territoire national. Hélas, ces langues s’observent en chiens de faïence. Résultat? Une grande ombre plane sur le tableau du bilinguisme mauritanien. Depuis les années 60, «arabisants» et «francisants» sont en rapport conflictuel. Ce rapport peut être résumé en ces termes: « je t’aime, moi non plus».
Depuis 1966, ces langues sont instrumentalisées par des apprentis nationalistes de tout poil qui, avec l’Arabe, qui avec le Français cherche à se tirer la couverture à eux seuls. «Le tout pour moi, rien pour les autres» à engouffrer la Mauritanie dans une guerre de tranchées linguistique, et par ricochet, un antagonisme entre communautés voire entre races.
Avec le nouveau «Destour», l’Etat -et non le peuple : aucun débat n’a été entrepris pour élucider ses points fondamentaux, excepté un béni-oui-ouisme confondant- aura choisi son camp: celui de la « chèvre » au détriment du «chou».
Je maintiens : en officialisant l’arabe et l’arabe seulement, l’Etat, loin de maintenir «les balances de la justice sociale égales pour tous ses fils » fait de l’exclusion et verse dans le négationnisme d’une certaine histoire de la Mauritanie.
Il est évident que la Mauritanie n’est ni complètement noire, ni totalement blanche. Elle n’est non plus ni un Etat Ommeyade, ni une province de l’ancien empire du Ghana.
Elle est, en dehors de toute référence spatio-temporelle, «l’aboutissement d’un long passé qui s’est opéré graduellement sous des influences diverses » comme disait B. Disraéli à propos de la nation anglaise. Aucunes de ces influences historiques ou «civilisationnelles» devenues patrimoine nationale ne sauraient être occultées sans porter atteinte au plein épanouissement de ses citoyens. Les conversations quotidiennes du mauritanien requièrent aussi bien la pratique du français ou de l’arabe que celle des parlers locaux
Vouloir s’accrocher à quelques branches du passé de la Mauritanie pour justifier la mainmise d’une communauté linguistique sur la «res-publica» et ce, par la force d’une prétendue antériorité historique, passéiste, relèverait d’un bigot sophisme du cœur.
Est-il nécessaire qu’on se détourne de la réalité?
La Mauritanie en tant qu’entité géopolitique homogène et moderne sera toujours bilingue par la force de son héritage.


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