Conférence africaine pour la paix: 'Un musulman authentique, est un homme de paix' (Le Président Bazoum)   
12/02/2022

Le Président de la République du Niger, M. Mohamed Bazoum a tenu, jeudi à Nouakchott, une conférence sur l’islam et la paix à travers le monde.



 Son intervention s’inscrit dans le cadre des activités de la deuxième édition de la conférence africaine pour la paix, qui se déroule en Mauritanie depuis quelques jours.

Dans l’entame de son propos, le Président du Niger a tenu à saluer l’érudit Cheikh Abdoullah Ben Boya, Président du Forum d’Abou Dhabi pour la paix, «pour m’avoir fait l’honneur de m’adresser à ce parterre prestigieux d’hommes de foi, d’érudits pour parler de l’islam et de la paix, tel que notre religion conçoit la paix ». Pour le speaker du moment, « ce débat est nécessaire et urgent », car souligne-t-il « aujourd’hui, au nom de l’islam, il se passe de par le monde, tellement d’abominations. Ceux qui travestissent tant l’islam et qui en donnent une image internationale si négative, le font au nom d’une lecture du coran aux antipodes de ce que ce texte délicat contient».

Face à ce constat affligeant, le président Bazoum estime que le devoir de tout musulman est de « battre en brèche toutes ces lectures perverses, et les comportements hérétiques qu’elles génèrent, afin de faire triompher le projet profondément humaniste de cette religion, si éloignée de la caricature qui en est donnée ».

Toujours au cours de son introduction, il s’est dit « particulièrement heureux que ce débat ait lieu en Mauritanie, cette fois-ci, matrice d’un islam qui fut porté par des hommes tout aussi savants que dévoués, et qui en ont assuré l’expansion dans tout le sahel et bien au-delà ».

D’après le Président Bazoum, « l’islam de la Mauritanie est le modèle authentique d’un islam qui ne fait aucune place à la violence, ni aux élucubrations théoriques qui lui servent de carburant ».

Ensuite il a fait un rappel historique d’évènements et d’enseignements islamiques, dont « la salutation d’usage : assalam aleykoum wa rahmatoullahi wa barakatouhou, revendique déjà l’intention pacifique qui est au principe de notre vie profane et sacrée ». Selon le Président Bazoum, «en effet, l’islam a toujours prôné la paix et le respect réciproque, entre peuples et entre individus. La bienveillance à l’égard des peuples et des religions abrahamiques, est un principe à la fois religieux et social ».

En outre, il a démontré que l’islam se fonde « sur une demande de paix, d’amour, de bienveillance et de reconnaissance de la dignité humaine. Sur une base de transcendance et de foi partagée, il propose une société de paix et de concorde » et ce « en faisant de la science un impératif, à travers l’injonction à la lecture (iqra) ». Selon lui, l’islam a créé les conditions, pour éviter que la pratique de la foi, « ne soit en contradiction avec la bienveillance et l’humilité saine qui sont étroitement liées à la paix ».

Pour appuyer son argumentaire, il a cité plusieurs sourates et versets coraniques qui «insistent et révèlent avec clarté, les liens étroits entre paix et islam ». C’est l’exemple du verset 290 de la sourate 2 qui dit : « qui veut être croyant, qu’il le soit et celui qui veut être incroyant, qu’il le soit ». Citant encore la sourate 2, mais le verset 256, il a rappelé que le tout puissant a dit : il n’y pas de contraintes en religion ».

De plus, le président Bazoum a rappelé les termes de « silm », et « salam » au sens de paix et concorde, par opposition à la guerre, reviennent dans 49 sourates. En effet, la paix est au principe de la quête du musulman. L’ouverture à la tolérance et à l’humilité procède en islam « d’une quasi nécessité ».

La conférence du Président Bazoum, devant un parterre de responsables et d’oulémas, a été aussi l’occasion de disséquer les sens du mot jihad, « malheureusement si galvaudé et si controversé de nos jours. L’acception de ce terme la plus répandue aujourd’hui, procède malheureusement de malentendu : le djihad consiste dans un effort et une quête avant tout personnelle et spirituelle ».

L’homme doit par le « ijtihad », chasser en soi l’orgueil et la vanité, afin de « recevoir humblement, la parole de paix dans l’âme et le cœur du musulman, pacifié par la pratique du rituel des obligations de la foi et surtout apaisé par la présence du divin en lui et hors de lui ». Le jihad « majeur, l’effort, a une connotation physique et une connotation intellectuelle, selon le Président Bazoum qui précise que « ce jihad majeur, spirituel, qui diffère du jihad mineur, de la guerre, le plus répandu, permet d’endiguer la violence».

Au regard de tout ce qui précède, l’intervenant martèle qu’un « musulman authentique, est un homme de paix, en quête de bienveillance pour que la pureté de son cœur l’ouvre à la quiétude de paix, de Dieu, pour le grand bien de la Oumma ». Or, la grande discorde, ’’al fitna al koubra’’ « est celle qui fissure l’âme intime du croyant, qui laisse alors la vanité terrestre, parler en lui à la place de Dieu, qui a déposé en son âme, sa parole par le biais du Livre Saint. De ce fait, le Président Bazoum affirme « qu’il ne peut y avoir de vrais musulmans, terroristes et criminels » car l’islam condamne les tueries des innocents.

Ainsi, « tout homme qui consolide la paix est sous la bienveillance et la grâce de Dieu. Tout homme qui assassine et tue au nom de Dieu, est un vulgaire criminel doublement fautif. Criminel parce qu’il est humain, mais aussi criminel parce qu’il est musulman. La violence terroriste est ennemie de Dieu, car elle est ennemie de la paix », souligne-t-il.

D’après le conférencier, « les dogmes figés hors de l’histoire, dont se prévalent de façon totalement illégitime les criminels, sont des repères maintenus hors de la dialectique du sens du coran et de sa compréhension. C’est pourquoi, ils produisent des systèmes figés qui mènent inévitablement au conflit des civilisations, en niant le caractère profondément inclusif et fraternel de l’islam ». Ceci est une hérésie qui « consiste à oublier le sens de l’étude, et l’humilité à la base de la pratique rituelle et ritualisée de l’islam menant à cette paix fraternelle ».

Mais cette paix tant chérie par l’islam, requiert un travail et « un effort continu afin de mener l’humain à la profonde connaissance. De pratiquer cette paix, en soi et hors de soi, comme étant le chemin et la voie de l’ouverture à l’autre. C’est en ce sens que nos sociétés trouveront la justice et la bienveillance ».

Plus loin dans son intervention, le Président Bazoum a fait un état des lieux de la situation dans le Sahel. Sans détours, il a admis que « les pays du Sahel sont ravagés par une guerre implacable qui est le seul fait de jeunes, embrigadés au nom de l’islam et dont la violence cruelle a provoqué de milliers de morts et de centaines de milliers de déplacés, voués à la précarité absolue pour la plus part, ironie du sort, des musulmans ».

Pour le Président Bazoum, on n’a pas forcément besoin d’être très averti sur les questions de la religion et de l’islam, « pour se rendre compte que ceux qui ont pu créer de tels monstres, sont tout, sauf des hommes ayant un quelconque égard pour l’islam ». Il en a déduit que « la prévalence et l’instrumentalisation d’idées prétendument rigoristes, masquent difficilement ce qui n’est qu’une entreprise sordide, d’hommes minoritaires, abusant de l’ignorance d’une masse aliénée qu’ils asservissent ».

Les jeunes incultes, préposés à la violence, qui pensent être au service de Dieu, « sont en réalité au service d’hommes cupides, qui leur ordonnent d’attenter aux biens de paisibles populations. C’est là la réalité quotidienne au Mali, au Niger, au Burkina Faso et dans le bassin du lac Tchad ». Ces régions essaimées par le fléau du terrorisme connaissent de véritables drames humains sur fonds de catastrophes économiques, « dont les effets marqueront pour longtemps, les populations qui y vivent ». Selon le Président Bazoum, cette situation est révélatrice « du faible degré d’éducation des jeunes et de l’état de leur détresse sociale », estimant que cette situation interpelle les responsables politiques, dont lui-même et les guides religieux».

Avant de conclure, le Président Bazoum a indiqué que c’est un devoir pour les uns et les autres, « de mener le combat sur l’explication de ce que c’est l’islam, et non la perversion qui en est faite, à travers des lectures déviantes. Selon lui, c’est la paix qui est la vérité politique et spirituelle de l’islam. « Tachons alors, par nos actes, nos paroles, de pacifier le monde où la violence et la division sont des défis quotidiens pour le musulman authentique ».

Chaleureusement applaudi à la fin de sa confère, le Président Bazoum a été félicité par l’érudit Cheikh Abdallah Ould Boya en ces termes : « je vous remercie monsieur le Professeur et Président, de votre conférence magistrale et vous assure de notre soutien agissant et de notre solidarité permanente ».

Toujours au cours de cette courte intervention, le cheikh a déclaré « nous allons continuer avec vous et avec d’autres responsables comme le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, pour définitivement combattre ce fléau et cette maladie, qui rongent notre société. Je vous remercie infiniment d’être aujourd’hui avec nous. Vous êtes un « alem », vous êtes professeurs et membre de ce forum ».

La conférence africaine pour la paix, est placée sous le thème «la paix dans le monde ». A cette occasion, plusieurs centaines de personnalités de haut niveau ont fait le déplacement pour participer.

Ce conclave, avait pour but de renforcer les liens de coopérations entre les différents acteurs impliqués dans la promotion de la paix et la stabilité, en Afrique et dans le monde.
AMI


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