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Guerre du Sahara: L’attaque d’ARGOUB. par Mohamed Lemine Taleb Jeddou

Le commandant Ahmedou Ould Abdella venait juste de prendre le commandement du Secteur 4, en remplacement du Capitaine Brahim Ould Alioune Ndiaye, quand l’ennemi attaque Argoub cette journée du 26/07/77.
Le Secteur 4 est composé de trois éléments. Un poste de commandement (PC) implanté à Dakhla, inaccessible dont la défense face au nord est assurée au PK 40 par un régiment marocain disposant d’une escadrille de combat, la base d’Argoub, commandée par le Lieutenant Brahim Ould Jeddou et la 3ème Batterie d’Artillerie commandée par le Lt Niang Abdoul Aziz, secondé par le S/LT Ely Ould Kleib. La base de Argoub est composée d’un escadron opérationnel commandé le S/Lt Brahim Ould Moukhtayir, articulé en 5 pelotons de 5 Land-Rovers chacun, sous les ordres respectifs des sous-lieutenants Moctar Ould Hamoud, Yongane Djibril, Abdi Ould Gohi, Bakar Ould Sidna et Hmedeit Ould Eidde et d’un escadron statique, commandé par le sous-lieutenant Gaye Birane campé sur quatre postions statiques au nord, à l’est, au sud-est et au sud-ouest.
La localité de Argoub, traversée par la route Bir Guendouz-Aioun, est divisée en deux parties distinctes, à l’ouest dans une dépression sur le bord d’une baie le séparant de Dakhla , le quartier d’Aghtass et, sur le plateau, à l’est, le quartier administratif. L’escadron est installé dans une caserne à Aghtass, distante de 800 mètres du quartier administratif, accessible par deux itinéraires, la route nord – sud de Bir Guendouz – Aïoun et la pénétrante Est venant d’Aousred. A l’Ouest, l’accès d’Argoub, qui repose sur la berge d’une baie de 7 kilomètre de largeur sur 25 kilomètres de profondeur, est possible uniquement par voie maritime. Au Nord et à l’Est, à cause de l’Aguerguer, un terrain particulièrement accidenté et infranchissable, l’unique accès à la localité est la pénétrante d’Aousred, tenue par les positions Est et Nord. Au sud, la route Bir Gendouz-Aïoun, orientée Sud – Nord, tenue par la position Sud-Est et un thalwed au sud-ouest, pris en enfilade par une Mit 50 appuyée par un mortier de 60 m/m de la position commandée par le Sergent Ngaidé Hamat, verrouillent la localité.
Vers 15 heures, le guetteur de la position Est rend compte de l’arrivée d’un convoi venant d’Aousred. La station directrice, entendant les compte-rendus verbaux sur le réseau Modulation de Fréquence, les met en garde, n’étant pas au courant de ce convoi. La station directrice n’avait pas fini sa mise en garde, qu’elle entend crier sur les réseaux intérieurs C 77, « Ils nous tirent dessus, ils nous tirent dessus ».
L’ennemi arrivait tranquillement en formation en colonne par le même itinéraire par lequel venaient habituellement les unités d’Aousred, usant de cette ruse pour tromper la vigilance de la garnison. Arrivé à proximité, il se déploie en formation de combat, occupe des positions favorables et ouvre le feu sur les positions amies. Beaucoup d’hommes des positions Nord et Est qui s’étaient précipités à pied, pour accueillir ceux qu’ils croyaient être des amis, seront fauchés par les implaccables tirs ennemis.
Alerté par le bruit des balles et des explosions, le commandant de Secteur engage des concertations avec les marocains pour l’envoi à Argoub d’un renfort par voie maritime, mais finira par y renoncer.
Les éléments de la garnison, dont une importante partie des personnels étaient en ville, surpris par cette attaque inattendue et restés pendant un bon moment sous le choc de la surprise, accusent un flottement. L’ennemi en profite pour bousculer les positions Nord et Est et lancer un assaut pour prendre l’ascendant sur les éléments de la garnison et l’initiative du combat, deux facteurs déterminants dans l’issue des combats. Les positions, initialement ébranlées par l’effet de surprise, se ressaisissent et réagissent cassant l’élan de l’ennemi et le fixent sur ses positions.
Malgré la rapidité de son intervention, les tirs de la 3ème Batterie étaient restés inefficaces pour deux raisons majeures. D’une part, du fait de la proximité de l’ennemi qui était déjà aux portes des colominos, donc pratiquement au combat corps à corps avec les éléments de la garnison et, d’autre part, du fait de l’absence d’un Elément Liaison Observation sur les lignes de contact. Les obus de la batterie tombaient donc très loin de la zone des combats sans affecter la manœuvre de l’ennemi.
Bloqué dans son mouvement offensif, l’ennemi fixe les positions du Nord et déborde pour investir la localité par la route Bir Gendouz – Aïoun et le thalweg sud-ouest. Mais c’était sans compter sur la ténacité et la détermination des positions sud-est et sud-ouest. La position sud-ouest, commandée par le sergent Ngaïdé Hamat, fait un travail remarquable, en tenant tête à l’ennemi et lui interdira l’accès de la localité, faisant avorter sa manœuvre d’enveloppement.
Pendant près de deux heures au cadran, la Mit 50 et le mortier de 60m/m de cette position font merveille, s’opposant farouchement à tous les modes d’action ennemis visant à pénétrer la localité de cette direction.
L’escadron opérationnel, dont une grande partie des personnels et ses chefs de pelotons n’étaient pas sur place au moment du déclenchement de l’attaque, mettra du temps pour intervenir. Lorsqu’il se déploiera, l’intervention de l’aviation Marocaine aura déjà obligé le décrochage d’un ennemi, resté impuissant face à la détermination des combattants rigides sur leurs positions.
Malgré les lourdes pertes, (16 morts, 20 disparus, 9 blessés évacués), les positions arriveront à contenir un ennemi numériquement supérieur, bénéficiant d’un effet de surprise et ayant déjà investi quelques colominos.
Mohamed Lemine Taleb Jeddou
Extrait de La « Guerre Sans Histoire »