Délits de faciès en Mauritanie   
17/09/2015

Depuis le début de l’année, les contrôles d’identité s’intensifient. Parfois brutaux, ils ciblent particulièrement les Ouest-Africains. En Afrique aussi, il arrive que la traque aux sans-papiers verse dans l’excès. Depuis le début de l’année, les autorités mauritaniennes ont intensifié les rafles et les opérations de reconduite à la frontière des ressortissants étrangers qui ...



... ne disposent pas d’une carte de séjour en bonne et due forme. Avec en ligne de mire les ressortissants subsahariens.

Pour les résidents sénégalais, maliens ou guinéens, l’ambiance est aujourd’hui à la psychose face à ce que de nombreux témoins décrivent comme « des rafles quotidiennes », en particulier dans les quartiers à forte concentration d’ouvriers, d’artisans ou de pêcheurs, qui composent l’économie informelle de la capitale.

Depuis 2012, la Mauritanie a rendu obligatoire la détention d’une carte de séjour, y compris pour les ressortissants des pays voisins
« Des groupements mixtes comprenant des éléments de la police, de la gendarmerie et de la garde présidentielle se dissimulent à des carrefours stratégiques à l’heure où les gens rentrent du travail afin de les contrôler, témoigne Lalla Aicha Cheikhou Ouédraogo, présidente du Comité de solidarité avec les victimes des violations des droits humains. On assiste parfois à des scènes insoutenables, où les policiers les pourchassent comme des proies. »

Mi-août, l’ambassadeur du Sénégal à Nouakchott a promis de « faire un rapport aux autorités [mauritaniennes] compétentes sur le traitement » de Sénégalais arrêtés en situation irrégulière. Le caractère systématique et le déroulement parfois brutal de ces contrôles d’identité ont également provoqué récemment l’émoi de la communauté guinéenne.


Carte de séjour obligatoire

Depuis 2012, la Mauritanie a rendu obligatoire la détention d’une carte de séjour, y compris pour les ressortissants des pays voisins, comme le Sénégal ou le Mali – qui avait pourtant signé en 1965 une convention d’établissement et de libre circulation des personnes et des biens avec son voisin. Mais le coût du fameux sésame (l’équivalent de 50 000 F CFA, soit 76 euros) le rend inaccessible à de nombreux immigrés subsahariens qui peinent déjà à joindre les deux bouts. Aussi, chaque semaine, plusieurs dizaines de sans-papiers sont conduits vers les commissariats de la capitale, préalable à leur reconduite à la frontière.

Dans un pays exposé à la menace jihadiste, plus que le renforcement des contrôles d’identité, c’est leur caractère manifestement sélectif qui provoque l’indignation de la société civile. « Ni les Marocains ni les Syriens ne font l’objet d’une telle pression, seules les communautés noires sont touchées, assure Lalla Aicha Cheikhou Ouédraogo. C’est purement et simplement du racisme. »






JEUNE AFRIQUE


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