Longtemps négligée par la direction de la SNIM, minimisée récemment par le président de la République dans sa conférence de presse du 26 mars, la grève de milliers d’employés de la SNIM boucle dans quelques jours son deuxième mois et cesse d’être une affaire de province pour prendre une dimension nationale.
Le mouvement s’est propagé il y a plus deux semaines à Nouadhibou où les épouses et enfants des grévistes de la SNIM ont organisé le 29 mars un sit-in dispersé à coups de grenades lacrymogènes, devant la résidence de l’administrateur directeur général. A Nouakchott, le pôle politique du FNDU (opposition) organise le 31 mars une marche sous le thème : «Non au pillage et à la faillite organisée de la SNIM ». Des débrayages sont prévus le 8 avril à la rentrée scolaire au niveau national par les principaux syndicats du pays qui veulent ainsi exprimer leur solidarité avec les grévistes dont les délégués ont exprimé leur déception suite aux déclarations du président Aziz dans sa conférence de presse. «Les travailleurs demandent des augmentations de salaires dans une conjoncture difficile, c’est insensé» a dit le président Aziz ajoutant que la production du minerai se poursuit et que ce sont les travailleurs et leurs familles qui souffrent de la grève. Les délégués ont réagi samedi 28 mars de Zouerate aux déclarations du chef de l’Etat indiquant qu’il a paru «insensible au sort des milliers de familles comme s’il était plus, le président de la SNIM que de ses employés». Dans la journée du 29 mars le chargé de communication de la SNIM a contacté quelques sites internet amis, pour distiller une information comme quoi, les grévistes qui sont «en train de reprendre service n’ont pas été sanctionnés». Cette information a été démentie le même jour par un communiqué des délégués dans lequel ils l’ont défié de donner "les noms et les matricules" des employés qui ont rompu la grève et porté à la connaissance de l’opinion un ensemble d’incidents graves dont «des accidents de train, un incendie, des blessés, des dégâts causés aux infrastructures à plusieurs niveaux, l’absence de maintenance des équipements de Guelb El Ghain et de l’utilisation de vieillards et de jeunes stagiaires ». Une «médiation» menée mi-mars par le député de Kaédi Ba Bocar Yahya présenté comme un "envoyé spécial du président Aziz", avait échoué après que ce dernier eut refusé de signer le document relatif au projet d’accord conclu avec les délégués des travailleurs. Un cadre de la SNIM qui ne la représentait pas (c’est la SNIM qui l’a dit) a assisté aux négociations et refusé de signer l’accord tout comme le Wali du Tiris Zemmour. L’«envoyé spécial» décidément très spécial, aurait dit aux délégués que son engagement verbal suffit. Savait-il seulement que les grévistes sont en grève parce qu’ils ont un accord déjà signé et non respecté et qu’ils ne pouvaient donc pas prendre ses hâbleries pour argent comptant? L’accord accepté par les grévistes et dont la signature a été refusé par la « médiation» comprenait plusieurs points : le gel des sanctions prises contre des centaines grévistes, le règlement par la SNIM de trois salaires (février, mars ainsi qu’un sursalaire) la reprise du travail et l’ouverture de négociations sur les points à l’origine de la grève notamment les clauses de l’accord signé en mai 2014 (et non respecté) à propos des sursalaires et des primes de production. En février , des élus de Zouerate avaient tenté une médiation qui leur a permis juste de constater leur manque de crédibilité. Le maire de Zouerate l’ancien colonel Cheikh Ould Baya semble avoir lancé une nouvelle initiative le 30 mars à travers des réunions avec des élus, des représentants des partis politiques, des religieux, des syndicalistes non grévistes, des épouses de grévistes et les délégués des grévistes. Mais aucune indication sur une quelconque avancée, n’est disponible à ce stade. La grève a été déclenchée le 28 janvier à Zouerate suite à l’irrespect par la SNIM de ses engagements signés avec les délégués portant sur des augmentations de salaires qui devaient prendre effet en octobre 2014, en même temps que des sursalaires et des primes sur la production. Des augmentations que la SNIM ne peut plus offrir en raison de la chute des cours du fer sur le marché international et qu’elle aurait d’ailleurs dû ne pas promettre, n’étant pas maitre de l’avenir, ni des fluctuations des prix et n’ayant pas à ce qui se voit, constitué de solides réserves capables de répondre à la demande sociale et d’absorber les chocs exogènes. La Société nationale industrielle et minière (SNIM) produit 12 millions de tonnes par an,dont 80% sont vendus à la Chine et le reste à des pays européens . Le fer constitue l’essentiel des exportations de la Mauritanie et contribue entre 25 à 30% au budget de l’Etat. Il est la principale source de devises du pays devant la pêche et le pétrole.
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