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Le PNDSE en Mauritanie, quels résultats ?   
22/10/2015

Vendredi, 16 octobre 2015 les départements en charge de l’éducation ont rencontré les partenaires de la Mauritanie à l’éducation dans les locaux du ministère des affaires économiques et du développement à Nouakchott, capitale du pays dans le cadre du PNDSE II.



Le PNDSE II est la seconde phase du programme national de développement du secteur éducatif et s’étale sur la période de 2011 à 2020. La première phase de ce programme (2002 - 2010), arrivée au terme de ces 10 années d’exécution en novembre 2009, visait à (i) améliorer la qualité et la pertinence des processus d’enseignement et d’apprentissage à tous les niveaux du système éducatif ; (ii) faciliter un plus grand accès et promouvoir l’équité entre les régions et entre les sexes, notamment au niveau de l’enseignement fondamental et secondaire; (iii) augmenter l’efficacité externe du système éducatif en favorisant des relations plus étroites entre, d’un côté, la formation technique et professionnelle, l’enseignement supérieur, et, d’un autre côté, la demande sur le marché du travail; et (iv) accroître la capacité de gestion administrative, technique, pédagogique et financière de chacun des acteurs et du système dans son ensemble.

La phase II, quant à elle, a pour ambition l’amélioration de la qualité et de la pertinence de l’éducation; le développement d’un accès élargi au niveau de la base du système et régulé dans ses niveaux supérieurs; et l’amélioration de la gestion et de la gouvernance du secteur, mettant l’accent sur la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, la poursuite des réformes du système éducatif, et l’amélioration de la pertinence et de la qualité de l’enseignement post-primaire.

Le programme national du développement du système éducatif reçoit des financements de partenaires étrangers, notamment le PME, le Fonds Koweitien de développement, la Banque Mondiale, la BID, le PAM, l’AFD, l’UNICEF, la Coopération espagnole, l’UNESCO.

Selon l’institut de statistique de l’UNESCO, la part du PIB consacrée à l’éducation a évolué de 3,52% en 2002 à 4,43% en 2010, avant de baisser à 3,99% en 2013. Quant aux dépenses pour l’éducation, elles ont évolué de 8,18% du total des dépenses publiques en 2004 à 16,04% en 2010, avant de régresser à 11,41% en 2013.

La rencontre de vendredi devait valider le rapport de mise en œuvre du plan d’action annuel de 2015 ainsi que le plan d’action triennal 2016 -2018.

C’est l’occasion de jeter ne serait-ce qu’un bref regard sur les défis majeurs de notre système éducatif, notamment la gestion des ressources humaines et les conditions de vie peu motivantes des enseignants; le faible niveau de la qualité de l’éducation de base ; la faible implication de la société civile et des communautés locales ; la faiblesse de l’éducation préscolaire ; la faiblesse de l’accès à l’enseignement secondaire; l’accès à l’éducation pour les enfants non scolarisés ; la faiblesse de la formation technique et professionnelle ; l’analphabétisme, etc.

Les ressources humaines et la qualité de l’éducation

En 2011 le rapport d’évaluation technique du PNDSE II en vue de son endossement à l’initiative Fast Track par les partenaires techniques et financiers, affirmait que « Tous les indicateurs de qualité sont alarmants en Mauritanie, dans tous les cycles d’enseignement. La réforme linguistique est une partie de ce problème, mais l’on sait aussi depuis longtemps qu’elle n’en est qu’une partie. Les réponses données par le PNDSE I portaient principalement (i) sur une rénovation du dispositif de formation initiale des maîtres (ENI); (ii) sur le renforcement de la formation continue, linguistique et pédagogique et (iii) sur le renforcement des corps d’inspection. Les résultats restent décevants, et d’autres pistes sont à explorer, en lien avec le pilotage et la gestion du système…Les faiblesses du pilotage et de la gestion du système éducatif ont été relevées à de nombreuses reprises. Il y a peu de rétroactions face aux signaux alarmants sur la qualité, comme des résultats très faibles aux examens par exemple, ou des résultats nuls présentés par certains établissements. La gestion des ressources humaines connaît bien des déficiences, qu’il s’agisse de l’affectation des enseignants, jamais stabilisée au cours de l’année scolaire et peu conforme aux effectifs d’élèves inscrits dans les écoles, ou de l’utilisation rationnelle de leurs compétences linguistiques. Tous ces éléments entretiennent une relation évidente avec le déficit de qualité...

Pour partie, ces faiblesses de pilotage et de gestion tiennent au peu d’attention qui a été accordée, pendant longtemps, au middle management et aux procédures récurrentes et routinières de la gestion quotidienne, qui sont peu formalisées, peu sécurisées et mal respectées. Pour une autre partie, ces faiblesses sont le fait de la difficulté qu’éprouve le système à imputer les mauvais résultats à une fonction particulière de la gestion, et à rétroagir en conséquence.

La poursuite de l’amélioration de la rétention dans les différents cycles dépendra des capacités du système à faire des progrès sur la gestion de ses ressources, en particulier les ressources humaines.».

Les conditions peu motivantes des enseignants y sont pour beaucoup. «Les enseignants sont généralement peu motivés du fait des carences du dispositif de gestion, mais aussi du fait de leur faible rémunération », affirme le plan d’action du triennat 2012-2014 du PNDSE.

Aujourd’hui, le salaire (net à payer) moyen d’un enseignant (fondamental et secondaire) est inférieur à 100000 UM (100000 = 264 euros au cours affiché au site web de la Banque centrale de Mauritanie le 17/10/2015).

Depuis plusieurs années la fonction d’enseignant n’est plus à l’abri de la nécessité de créer à la périphérie des statuts de nouvelles catégories d’enseignants contractuels ou volontaires.

En effet, depuis plusieurs années, le ministère de l’éducation national a engagé un grand nombre de contractuels pour l’enseignement public (09,17% des enseignants au fondamental et 18,68% au secondaire, selon l’annuaire des statistiques scolaires 2013/2014, version provisoire) ; et ce, malgré la loi 93-09 du 18 janvier 1993 portant statut général des fonctionnaires et agents contractuels de l’Etat qui proscrit les contrats avec les diplômés ayant un BEPC ou plus (catégories A, B, C). Ces contractuels, qui, en général, ne bénéficient d’aucune formation pédagogique, ne perçoivent pas les indemnités, primes et allocations dont bénéficient les enseignants titulaires et vivent dans des conditions encore moins motivantes.

Cette année, le gouvernement a pris une loi modifiant la loi 93-09 levant l’interdit sur les contrats avec certaines catégories de fonctionnaires, dont les enseignants. Cela pousse beaucoup d’observateurs à craindre une nouvelle orientation du gouvernement vers la précarisation de l’emploi dans la fonction publique en général, y compris dans l’enseignement.

Aussi, les enseignants continuent à se plaindre de l’absence de transparence dans la gestion du personnel. A titre d’exemple la dernière note de service portant nomination des directeurs des études et surveillants généraux, en préparation de l’ouverture des classes pour l’année scolaire 2015/2016 est décriée par les enseignants du secondaire, pour avoir été élaborée en leur absence et en l’absence des organisations syndicales.

Un regard rétrospectif sur les résultats du baccalauréat de 1974 à 2010 et les résultats de 2014 publiés par le site web du ministère de l’éducation nationale donne le tableau suivant :

Année----taux d’admis du bac

1974 ------ 58,25%

1981------ 33,26%

2002 ----- 17,82%

2014 ----- 13,21%

Implication de la société civile

«La mise en place d’un cadre institutionnel approprié de partenariat avec les différents acteurs potentiels de la politique éducative, notamment la société civile et les communautés locales » est l’une des « mesures et actions prévues dans le cadre du renforcement du pilotage institutionnel », indique le plan d’action du PNDSE II 2012 -2014.

Mais, jusqu’à présent, l’implication de la société civile et des communautés locales dans la gestion du système éducatif reste très faible. L’une des manifestations de cette faiblesse est, à titre d’exemple, l’absence de la société civile au groupe local des partenaires de l’éducation (GLPE), malgré les demandes insistantes de la coalition des organisations mauritaniennes pour l’éducation (COMEDUC). Une autre manifestation est l’absence des organisations de la société civile et des syndicats d’enseignants (du moins, les plus représentatifs) à la revue du 16/10/2015.

La faiblesse de l’éducation préscolaire

L’enseignement préscolaire est une phase déterminante dans le processus d’apprentissage scolaire. L’enseignement pré-primaire formel est presque inexistant. Le préscolaire informel se compose d’écoles coraniques, de garderies communautaires (initiatives féminines, principalement pour la garde des enfants). Il se caractérise par l’inadaptation des locaux, le manque d’équipement et de formation des personnes en charge de ses structures et de l’absence de programmes d’éveil.

Les éléments de la stratégie du PNDSE II relative au préscolaire portent principalement sur  l’accès, «l’objectif étant de porter le taux brut de scolarisation pour la tranche d’âge 4-5 ans à 16% en 2020 (celui-ci était évalué à 5,2% en 2008).».

La faiblesse de l’accès à l’enseignement secondaire

Le rapport régional de l’UNESCO pour l’année 2014 sur l’Education Pour Tous dans les Pays Arabes (Conférence Internationale sur l’Education Pour Tous, Oman, 12 –14 mai 2014) donne un taux brut de scolarisation dans l’enseignement secondaire en Mauritanie de 23% en 2011.

Le rapport final d’évaluation mi parcours du projet d’appui à la deuxième phase du PNDSE (PADP/PNDSE II) de septembre 2014 donne un taux brut de scolarisation au secondaire de 29,5%, pour l’année 2012-2013.

Selon l’institut de statistique de l’UNESCO, le taux d’enfants mauritaniens non scolarisés ayant l’âge du premier cycle de l’enseignement secondaire était de 29,8% en 2012 et 42% en 2013.

Le site web du PME affirme que le taux d’achèvement du premier cycle au secondaire était de 20% en 2006 et que ce taux était au même niveau (20%) en 2013.

L’accès à l’éducation pour les enfants non scolarisés

Le système éducatif mauritanien a connu des progrès significatifs en termes d’accès au primaire, bien que la Mauritanie est citée par le rapport régional 2012 de la réunion mondiale sur l’éducation pour tous dans les pays arabes, tenue à Paris en France du 21 au 23 novembre 2012, parmi les pays dont «le système éducatif se heurte à d’importants obstacles et le taux de scolarisation ne parvient pas à dépasser la moyenne régionale: c’est le cas à Djibouti, en Mauritanie ou encore au Yémen.».

Selon l’institut de statistique de l’UNESCO, le taux d’enfants mauritaniens non scolarisés ayant l’âge de l’enseignement primaire était de 37,5% en 2002, 29,2% en 2010 et 26,7% en 2013 ; tout en signalant qu’alors qu’en 2007, les données officielles indiquaient un taux de 25,5% d’enfants mauritaniens non scolarisés ayant l’âge de l’enseignement primaire, les données d’enquête auprès des ménages donnaient 41,9% pour la même année.

La faiblesse de la formation technique et professionnelle

En 2011, les autorités ont lancé un projet triennal afin de résorber le chômage et de favoriser l’adéquation entre la formation professionnelle et l’emploi. Ce programme est financé par l’Union européenne et couvre treize spécialités, dont la construction, la mécanique et l’agriculture.

Le rapport régional de l’UNESCO pour l’année 2014 sur l’Education Pour Tous dans les Pays Arabes (Conférence Internationale sur l’Education Pour Tous, Oman, 12 –14 mai 2014) indique que «la scolarisation dans l’éducation technique et professionnelle en Mauritanie représentait 2,6% de la scolarisation totale dans les programmes secondaires en 1999. ».

 Ex Post n° 27 de septembre 2009 de l’AFD, consacré à l’étude de cas de la Mauritanie affirme : « Il est également à noter que la formation technique et professionnelle et l’enseignement supérieur affichent des résultats très décevants avec des taux d’engagement et de décaissement respectivement de 18,4 et 13,9 %. »

L’analphabétisme

Le rapport national sur le développement durable 2012 du ministère délégué auprès du premier ministre chargé de l’environnement et du développement durable souligne que « si la situation de l’alphabétisation a connu une évolution positive au cours des dernières années, reflétée par l’amélioration du taux d’alphabétisation global (61,5% en 2008), il n’en demeure pas moins qu’elle reste en deçà des espoirs. Sur le plan de l’équité, des disparités réelles continuent à être observées entre les hommes et les femmes (70,3% et 54,4%, respectivement) et entre les milieux de résidence (73,3% en milieu urbain contre 50,3% en milieu rural). ».

Le rapport d’évaluation technique du PNDSE II, du 1er août 2011, en vue de son endossement à l’initiative Fast Track par les partenaires techniques et financiers affirmait qu’«En matière d’alphabétisation, le PNDSE II se consacrera à la mise en œuvre des programmes développés au cours du PNDSE I. L’objectif visé est de réduire le taux d’analphabétisme qui est de 38% actuellement»

Recommandations

Il n’est pas aisé de formuler des recommandations pertinentes en l’absence d’informations sur les rapports de mise en œuvre et les derniers plans d’action validés.

Néanmoins, les deux mesures suivantes contribueraient sans doute à la réussite du programme:

a. S’assurer de la participation de la société civile à la gestion du PNDSE, en permettant aux OSC les plus représentatives de siéger au sein du groupe local des partenaires de l’éducation (GLPE), pour qu’elles puissent apporter leur contribution, notamment en matière de suivi, assistance, soutien, sensibilisation, communication, investigation, etc.

b. S’assurer de la présence des différents acteurs de l’éducation (OSC, enseignants, élèves, responsables régionaux, et d’autres partenaires nationaux) aux revues du PNDSE pour étudier ensemble l’état de l’éducation et contribuer plus efficacement à trouver les solutions appropriées aux problèmes identifiés.

Nouakchott, le 19/10/2015

Sidi Idoumou BOUDIDE,

Président de COMEUC


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